Vunion Lautrec, chapitre 16 [10000]

 

Elle faillit le gober d’un coup quand le pélican lui proposa un marché.

-Balak attends ! Tsé j’ai un bon deal pour toi. Je laisse mes gosses dévorer que tes jambes, et ensuite j’te relache où tu veux.
-Ca me parait encore bien douloureux, moua-t-elle. J’ai envie de mourir, mais que se soit propre, comme un euro neuf.
-Leur bec, il est trop aiguisé aussi tsé, avec un anesthésiant intégré, ya pas de souçaillde.
-Si justement, répondit-elle en montant d’un ton.
-C’est réglo, j’t’emmène, s’obstina-t-il en prenant un virage serré et en traversant le mur du son.
-Je lâche le poisson immédiatement !
-Ne fais pas ça, t’es trop bête, dit-il en rétrogradant sous la vitesse sonique. J’peux t’faire un pont en or sur la côte ouest ma grande. Avec des chaînes autour du coup et des vrais havanes.
-Premièrement, au petit déjeuner je mange une pomme avec du pain, et non des chaînes. Secondement, je ne fume pas, c’est tellement dérisoire et mauvais. Dernièrement, que ferai-je d’un pont tout rigide et aussi voyant ?
-Attends, j’te calcule pas au niveau de ma proposition mortelle.
-Tu as écouté ce que je viens de dire ?
-Yo, mais t’as pas dû capter mon langage imagé. J’t’ai fais un deal de ouf, tu peux pas refuser.
-Cette fois c’est toi qui attends ! Je ne sais pas ce qu’elles ont mes jambes pour toi, ce pourrait être flatteur dans un autre contexte, mais là ça m’écoeure.
-Elles sont bonnes conclu-t-il.
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Vunion Lautrec, chapitre 15 [1111]

Elle attrapa la rambarde de ses mains recouvertes de croûtes de sang noir séché et se jeta.
Flell fléchit sur ses genoux. A la sortie du vitatif il se sentit faible. Mais quelque chose d’autre l’avait fait défaillir. Ce séjour n’avait rien changé, il pensait toujours à elle, ce qui dépassait les capacités de sa fonction.
Il comprit alors un aspect crucial : ce voyage n’était pas inutile dans la mesure où il lui fit réaliser l’importance de l’attachement qu’il portait à Blanchette. Il devait sortir de sa fonction, oublier ce système, et faire passer le sien propre avant : libre arbitre indispensable.
En quittant l’Aretha Lesta, Flell avait de la guimauve plein la bouche jusqu’au fond de la gorge. La substance molle et sucrée remontait dans ses sinus et remplissait son crâne. Sa caboche était lourde et douloureuse ; il lui était impossible de prendre une décision. Mais comme il marchait pour sortir du bâtiment, et qu’il ne pouvait entreprendre de s’arrêter, son enveloppe corporelle déambulait tel un escargot à qui on aurait coupé les antennes rétractables. Dans cet état, à ce moment précis, il s’en branlait la coquille.
D’ailleurs, en traversant la rue, les véhicules glissaient sur lui et les grenouilles s’écrasaient toujours à côté de ses pas. Comme si ce retrait de lui-même, le soustrayait aussi aux dangers réels et physiques du monde.
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Vunion Lautrec, chapitre 14 [1110]

Ses yeux s’écarquillèrent quand elle vit Flell en sortir, un sac à la main. Il venait d’acheter quelques objets roses, car des formes anguleuses bombaient la surface du sac. Elle fut submergée de plaisir en le voyant. Sa simple présence vivante à quelques mètres de là, créa un feu d’artifice dans son esprit et une vague de lave dans son corps. Mais elle n’osait bouger. Il ne l’avait pas vu et elle restait immobile. Il s’éloignait dans un effet de ralenti, tandis que l’esprit de Blanchette tournait à la vitesse d’une essoreuse de bonne qualité. Cependant il tournait en boucle et dans le vide, aucune décision ne fut prise au moment où la silhouette de Flell fut engloutie par la foule de la coupole. Le contact était rompu.
Elle passa alors instantanément de l’ahurissement à une colère envers elle-même. Elle vit un piano tomber à très grande vitesse vers le sol et se précipita en dessous. Aplatie, elle se releva et lança son poing dans le vide. Il heurta un enfant au visage, elle s’excusa et alla s’enfermer dans un four à poulet de la galerie. Elle ressortit en cendres et fit quelques pas sans but. Puis son esprit commença à former l’idée de l’impossibilité. Ça ne pouvait pas se finir ainsi, elle devait agir. Elle se jeta enfin dans la direction qu’il avait emprunté. Evidement, elle vit son véhicule disparaître au loin.
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Vunion Lautrec, chapitre 13 [1101]

Il lui rendit un sourire qui se figea aussitôt quand il vit que le rose ambiant virait au vert émeraude. Ce phénomène assez anodin somme toute, le fit paniquer. Il se prit la tête à deux mains et enfonça ses paumes dans ses yeux. Il frottait très fort et rouvrait les yeux de temps en temps, afin de vérifier que sa vision continuait à lui jouer des tours. Quand tout fut vert, il chercha à se calmer en respirant profondément. Ce ne fut que la main qu’elle posa sur son épaule qui le rassura complètement.

-Ce n’est qu’un colorant de vision, je sais qu’on en parle peu car les gens n’y voient aucun intérêt, mais c’est sans danger prouvé. J’avais peur que mon intérieur vous lasse.
-Votre intérieur ne me lasse pas, mais je suis heureux de faire cette découverte.
-Il existe d’ailleurs une infinité de coloris, puisque vous pouvez faire les mélanges vous-mêmes ! C’est assez drôle à l’usage, et ça vous évite de déprimer si tôt venu les premiers jours de l’hiver dans nos contrées. Bien sûr si nous habitions en Guadeloupe… Il y a même un bloqueur chimique, afin de vous empêcher de créer un colorant noir opaque, qui vous rendrait instantanément aveugle. Et comment serait-il possible de faire une nouvelle préparation, pour se tirer de ce mauvais œil, une fois devenu aveugle ?!
-Je vois qu’ils ont pensé à tout.
-Ils sont assez forts, ce sont des pros.
-Mais étant un professionnel aussi dans mon domaine, je ne vous lâcherai pas d’une santiag.
-J’avais compris cela en vous voyant arriver. Mais je suis désolée de vous décevoir, mon moral est au plus haut, et ce, sans utiliser de colorant, malgré la grisaille ambiante. J’ai tout de même prévu un lit d’appoint car je n’ai aucunement envie de me fâcher ou d’user de violence contre vous.
-C’est aimable.

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Vunion Lautrec, chapitre 12 [1100]

Elle était déjà au bout de l’allée quand il remarqua qu’elle était partie. Décidément, il avait perdu beaucoup de ses facultés récemment. Surtout que les capacités d’observation et de concentration, faisaient partie des attributs principaux de sa fonction. Alors ne pas voir la femme à laquelle on s’adresse s’enfuir, en tout cas s’en rendre compte une fois qu’elle n’était plus là, devenait vexant, humiliant, et surtout inquiétant.
D’ailleurs, après avoir accusé le coup, il se mit à raisonner de façon plus pragmatique et donc plus efficace. Il en vint à la conclusion que même si ses sens s’étaient émoussés, l’évènement qui venait d’avoir lieu n’était vraisemblablement pas possible. Il s’était passé quelque chose d’important et de nouveau. Et en y réfléchissant bien, il avait ressenti un trouble devant cette femme. Un trouble profond, si profond qu’il ne s’en était pas rendu compte. Une sensation douce dans son for intérieur. Des dégradés de rose, le long du doigt. Il n’était donc pas dans son état normal, un voile translucide l’avait recouvert. C’est ainsi qu’il avait pu la laisser échapper. Il était rassuré à cette idée, mais il ne devait pas perdre de temps.
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Vunion Lautrec, chapitre 11 [1011]

Les médecins miroirs sortaient de la chambre quand il lâcha un : « Tas de cons. »
Lui-même mit sa main sur sa bouche car il comprit l’erreur qu’il venait de faire. Je … non … oui … et puis merde, c’est moi qui ait dit ça. Je sais que c’est interdit mais ça m’a échappé. Vous faites tout pour qu’on en arrive là, et vous le savez très bien. C’est de la provocation. Vous en profitez car vous êtes intouchables, c’est facile. Si vous étiez si fort vous n’auriez pas besoin de cela. C’est un signe évident d’impuissance de votre part, vous jouez les malins dans votre petit monde mais si vous osiez sortir vous ne seriez plus rien, les gens vous riraient aux fesses et hurleraient parfois juste pour vous faire peur. J’ai grandi dans une salle à surréunion et je sais le mal que vous faites. Et tout ça par crainte des autres, par égoïsme et abus de pouvoir. Vous vous cachez, vous vous terrez même, ici, à l’abri dans votre bulle minuscule. Mais attention, j’ai une mission, ma fonction est de sauver une vie. Cela peut paraître ridicule, misérable, une vie dans le fourmillement terrestre. Cependant je ne vous laisserai pas m’empêcher de remplir mon contrat, de faire ce pour quoi j’ai été conçu. Car si une vie ne compte pas à vos yeux, aucune vie ne compte, et vous ne mériteriez pas d’exister. Je ne peux pas vous laisser considérer le monde ainsi, alors oui j’ai dit « tas de cons » mais vous allez me laisser gentiment sortir, sans faire d’histoire, je suis déterminé.
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Vunion Lautrec, chapitre 10 [1010]

Elle faisait défiler devant ses yeux les images de son passé avec son mari, lorsqu’elle aperçut une tâche très étrange sur la moquette jaune. C’était une sorte de reflet, comme la surface d’un miroir qui ne fait que renvoyer votre propre image ; mais au lieu de réfléchir la lumière, cette matière l’aspirait et la propulsait dans les profondeurs du sol. Si bien que Blanchette, en se penchant en avant, aperçu …
LE FUTUR.
Nan, ce n’est pas ça. Le …
PASSE !!! Non plus. En fait, elle aperçut une zone dans laquelle la notion de temps n’existe plus, même pour les êtres humains qui l’ont créé. Ce qu’elle vit, existe, est là, est présent à tout moment, pour toujours. Et même, selon notre point de vue étroitement humain, jamais. Puisque cette matière n’a pas de temps, elle n’a pas non plus d’espace ; les deux étant indissociables. Si bien que la notion de vitesse était ignorée de ce lieu. Une vitesse ne peut se définir sans un référentiel spatial. Ici, ni temps, ni espace, la vitesse n’a aucun sens. Comme notre vitesse par rapport à la pièce dans laquelle on se déplace n’existe pas par rapport à notre corps. Blanchette en eu vite marre de ces réflexions stériles, c’est-à-dire compliquées pour rien et frotta cette tâche mystérieuse jusqu’à ce qu’elle disparaisse entièrement. Un lieu sans espace ni temps disparut avec.
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Vunion Lautrec, chapitre 9 [1001]

Elle était fluide mais le ciel s’obscurcissait, il devait rentrer.

LE NOYAU DE LA TERRE N’EST PAS CONSTITUE DE FER SOLIDE MAIS BEL ET BIEN D’UN CŒUR. ET CE CŒUR A BESOIN DE SENTIMENTS, D’AMOUR. MAIS AUSSI PARFOIS D’EROTISME. AINSI, TELLES DES IRRUPTIONS VOLCANIQUES IL EXISTE UN PHENOMENE PLUS RARE, LES IRRUPTIONS LUXURIEUSES.

Il sentit le creux de ses reins s’enflammer instantanément. Elle ouvrit les yeux, avec une lueur lascive à laquelle il est impossible de résister. Le dilemme est immense. D’un côté sa fonction l’oblige à quitter les lieux, mais d’un autre une pulsion intérieure, profonde, qui remonte à la nuit des temps, l’incite à la déshabiller. Le plus étrange c’est qu’il se sent extérieur à lui-même face à ce choix, il n’en est absolument plus maître. Les forces qui le tiraillent sont trop supérieures. Il n’est que le pantin d’une intrigue.
Autour d’eux tout le monde s’agite déjà. Les hommes courent la tête tordue dans toutes les directions, le pantalon en bas des pieds, tandis que les femmes arrachent leurs robes et leurs culottes pour se vautrer au sol les cuisses ouvertes.
Les animaux ne sont pas en reste puisque des odeurs d’accouplements répétés et violents commençaient à se mêler à l’ozone de l’air. On pouvait même distinguer, pour les nez les plus avertis, le parfum tellurique du sang qui perlait aux parties irritées.
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Vunion Lautrec, chapitre 8 [1000]

Il enfila sa tenue et repensa à Blanchette. Mince alors, il faut lui filer le train !
Flell consulta le petit livre rouge : Page13, elle est à la déchetterie. Après avoir calé l’ouvrage sur son épaule, il jaillit dans la rue.

L’endroit était très propre. Le tout, niché dans un vallon verdoyant d’un vert vif, offrait une oasis de repos. Ainsi de nombreux badauds venaient flâner après un travail bien mérité.
Elle était bien là, habillée tout en marron. Ça ne lui allait pas du tout, mais ça ne le regardait pas non plus. On ne peut pas dire que son pantalon ocre, sa chemise d’un beige commun et sa veste en toile bleu foncé était de meilleur goût. Mais ni lui, ni elle, n’y pouvait quelque chose, leur fonction l’imposait.
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Vunion Lautrec, chapitre 7 [111]

Etrangement, il sentit aussi du mouillé au niveau de son bas ventre. Il baissa les yeux pour vérifier, mais oui, il était en train de se faire dessus. Du pipi. Plein sur lui. Il sentait le liquide chaud se répandre le long de ses cuisses et remonter légèrement sous son nombril. Comme il était assis en tailleur, le liquide s’accumulait dans une sorte de cuvette formée par ses cuisses et ses hanches.
Le plus étrange demeurait cette sensation double que Flell éprouvait. A la fois du plaisir, à se laisser aller ainsi à savourer la douce et confortable chaleur de l’urine. Mais aussi un malaise, à ne pouvoir se contrôler et à se sentir tout humide. Sans parler de l’odeur de crèche qui lui montait aux narines.
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