Jukin 25, c’est rétrograde

25. Ce matin, Jukin marche à l’envers.
(titre proposé par Violaine)

Tout avait commencé au sortir du lit. Une seconde d’inattention, une légère variation d’un facteur imperceptible, une ombre encore planante sur son inconscient ou une simple poussière du hasard l’avait amené ce jour précis, à cet instant crucial, à se lever face à son lit. Le contraire de son habitude. Malheureusement, le poids des rituels l’avait aussitôt raccroché au rail du quotidien, avant même qu’il ne se retourne. A peine redressé, il s’était mis à marcher en direction de sa salle de bain, comme tous les matins. Les automatismes reprirent le dessus, mais il marchait à l’envers.

Décalé de 180° jusqu’au matin suivant, il décida qu’il passerait tout de même sa journée normalement. Avant de s’engouffrer dos au salon, il prit la précaution de se confectionner une affichette. Placée judicieusement, elle l’empêcherait de rééditer la même erreur le matin prochain.

Jukin se sentait téléguidé par son corps, bien que tout se passât évidement dans sa tête. Pour effectuer les gestes quotidiens les plus simples, il devait mettre sans cesse à l’épreuve la souplesse de son buste. Ainsi, il avait l’impression que son intérieur était très mal conçu, que tous les objets étaient justement disposés là où ils étaient le plus difficiles à atteindre. Son propre corps lui faisant toujours obstacle. Il trouva un seul avantage à marcher à l’envers : Lorsque l’on se cogne, ça fait moins mal sur les fesses que sur le nez.
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3 commentaires
Anonyme:
où est passé la moquette de bulldozer?

nikubik:
? nieh ? nieh ,àl iuq ed selrap ut ,sdnetta nib
srag titep ec esohc euqleuq emêm ed tuot tse'c

iul ruop icrem

marion:
! trof port tse li nikuJ

Jukin 24-2, c’est la deuxième partie

24-2. Ce matin, Jukin se vole à main armée.
(suite et fin)


On le ramena chez lui avec beaucoup de déférence et 1000 excuses, ce qui ne fit qu’augmenter son courroux intérieur. Il avait déjà prévu d’exploser un des entrepôts militaires. Le gouvernement était tellement embarrassé qu’ils ne l’avaient pas reconduit à l’arrière d’une fourgonnette, comme le prévoyait la procédure de sécurité, mais en simple passager d’une jeep camouflage. Il avait ainsi pu mémoriser la route jusqu’à cette base secrète. Après avoir repoussé l’idée de vendre ce renseignement, il se prépara pour son opération.

Comme dans un film, il lança une musique rock du tonnerre et regroupa son matériel. Au sommet dramatique de la chanson, il enfila sa tenue, calé sur les gros riffs de guitare : rah ! serrer la ceinture, rah ! enfiler un gant, rah coller le scratch d’une chaussure de cuir noire à coque métallique profilée. Et pour l’accord final, il passa une cagoule.

Le jour commençait à peine à décliner, mais il voulait faire ce voyage à pied. Aucune base militaire secrète ne prévoyait qu’un homme seul débarque en pleine nuit pour l’attaquer. Ce qui lui faciliterai les choses. Il n’eut aucun mal à retrouver le chemin, et arriva juste à la nuit.

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Jukin 24-1, c’est en deux parties

24-1. Ce matin, Jukin se vole à main armée.

La porte de sa chambre claqua. Il se réveilla en sursaut et aperçu l’heure avant d’être bâillonné. 8h50. Dix minutes avant que son réveil ne sonne. Deux hommes le ligotèrent et le transportèrent, tandis qu’un troisième ouvrait et fermait les portes. Il avait aussi à charge l’observation, afin qu’ils restent totalement furtif. Le jour pointait à peine, mais quand ils l’emmenèrent à l’extérieur, Jukin put apercevoir leurs tenues militaires, à la faible lueur du soleil encore bleu, avant d’être jeté à l’arrière d’une camionnette sombre.

Le voyage fût pénible, car sa position, les mains attachées dans le dos, était très inconfortable. Son épaule droite se meurtrissait contre les reliefs métalliques du plancher, à chaque à-coup du véhicule. Quand les virages étaient serrés à gauche, ses mains s’écrasaient contre la paroi à cause de son propre poids. De plus, un massif fusil mitrailleur pointé entre les deux yeux, persuadait le train du sommeil de ne pas faire arrêt à la station Jukin. Il ne put même pas somnoler.

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Suite et fin de la trilogie du carnet

carnet 03

un mec est surveillant d’exposition et il écrit dans un carnet. Franchement, il trip trop au lieu de s’emmerder devant les mêmes tableaux toujours et encore. Comme un aveugle dans le silence. Oh tiens, une distraction, une musique me parvient des résonances de l’abbaye. C’est religieux, mais dans ce contexte, fort appréciable. Quelques murmures arrivent aussi à mon oreille. Impossible de savoir ce qu’ils disent, trop de réverbération. Ce n’est pas encore le moment de venir, je suis occupé à écrire, venez quand le vide se rapprochera. Tant pis, ils ne peuvent pas comprendre. Un couple avec leur enfant zigzague entre les photos au bout du couloir. Je les aperçois depuis mon bureau.

La musique s’arrête, je devine un curé qui débite ses salades sur la maison et dieu qui aide à la construire. Le couple prend tout son temps pour venir. Moi qui n’ai plus rien à penser maintenant. Magnez vous !

Une porte claque à ma gauche, ah merci. Déjà son écho se dissipe. Mais où sont donc tous ces empêcheurs de lire en rond qui passent habituellement dans ce fichu couloir en disant une fois sur deux bonjour ? C’est là que j’ai besoin de vous, quand le trou noir du vide s’amène ! Heureusement le gamin s’est rapproché et m’a regardé. J’ai levé les yeux sur lui, il a eu peur, son regard s’est écarquillé et il s’est détourné vers ses parents.

Bonjour, bonjour. Je le regarde à nouveau, il détourne ses yeux flippés. Le vide froid devient désormais palpable. Mais ses parents sont figés sur une photo. Faites quelque chose. Déjà, le bord du vide est visible. Ah ils changent, et non ils se fixent. Mais oui c’est ça, entrez, regardez les beaux tableaux. Mais entrez voyons ! Les photos sont jolies d’accord, mais vous en avez déjà vu 30, alors attaquez les tableaux. Un autre enfant court devant moi, je n’ai pas pu lui faire de grimace, il était trop rapide. Pourtant il est accompagné de ses grands-parents lents. Voilà, les vieux ils aiment les tableaux. Le premier couple esquive la salle, mais les vieux sont entrés.

Attendez moi, j’arrive pour lire sur ma petite chaise dans la salle. Ils sont déjà repartis, à peine le temps de lire une page. Et me voilà dans le silence total, face à moi-même. Je retourne à mon bureau pour m’occuper l’esprit le temps du court trajet. Des bruits de talons, quelqu’un approche ! C’est bien une femme, et une très belle femme. Bonsoir, bonsoir. Mon regard perçant a croisé le sien, mais je ne peux rien faire pour la retenir, pour prolonger le contact si furtif. Il ne me reste qu’à contempler son joli petit cul qui disparaît au coin du couloir. Les trompettes musicales reprennent…

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J’ai eu la maladie de Lyme

Autant Léa a des yeux de forêt était un film sur ma vie intérieure (en fiction), autant celui-ci vient brutalement étaler ma vie externe (en documentaire). Celle de mon derme au contact du monde réel. Sans m’y attendre, je me suis retrouvé, pour le première fois de ma vie, hospitalisé. Confronté à l’enfermement et à l’attente de comprendre ce qui m’arrivait, j’ai capturé mes impressions.

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Jukin 23, c’est Jordan

23. Ce matin, Jukin se lève en pleine nuit.

Il était tellement tôt, que personne n’aurait pu affirmer, avec un aplomb total, qu’il s’agissait du matin. Mais peu importe. Jukin était debout et comptait commencer sa journée. Le petit déjeuner en valida le départ. Au dehors, la ville était silencieuse, comme un cocon protecteur. Et cette fois, la nuit venait renforcer ce sentiment, plutôt que d’amener terreur et angoisse. L’impression de commencer sa journée dans le calme et la fraîcheur était sûrement la raison de ce changement. Il huma l’air parfumé à sa fenêtre avant de sortir au hasard des rues. Ca sentait bon, sans toutes les sueurs du jour.

Jukin avait l’impression d’arpenter des quartiers inconnus, tant les rues étaient différentes sans lumière. Ou comme ci la ville était en négatif. Au passage, il jeta un œil dans une ruelle perpendiculaire, le ramassa, fit quelques pas dans la grande rue et se figea. La pensée engendrée par la vision n’arrivait pas à se frayer un chemin dans les circonvolutions de son crâne. Cette image semblait aberrante dans la réalité. Pourtant identique à celle de sa mémoire, un blocage se créait une fois qu’elle était projetée dans le monde réel.
Il venait d’apercevoir, au fond d’une ruelle sombre, Batman ! Totalement enthousiaste, il était pétrifié. Il n’osait pas revenir en arrière pour s’en assurer. Il reprit son chemin mais s’immobilisa plus loin. Il n’acceptait pas non plus de fuir ainsi. Après s’être dit qu’il regretterait toute sa vie, il vida sa tête et s’engouffra dans la ruelle sans réfléchir.

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2 commentaires
nikubik:
qu'est ce que tu crois, c'est fait !
haha

Anonyme:
Oh la la oui ! Il est bon ce Jukin numéro Michael Jordan ! Il faut que tu trouves un moyen de l'envoyer à Batman !
Audrelfe

Des nouveaux minis

Trois nouveaux clichés viennent s’ajouter à la série Les minis.
Les cheveux plein de couleur, les pieds dans l’eau …
 

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Jukin 22, c’est cassant

22. Ce matin, Jukin a tué un chasseur.

C’était un chasseur qui avait un fusil en porcelaine. Il était arrivé un jour à l’improviste. Jukin n’aimait pas trop ça, mais l’homme avait l’air tellement naturel et sympathique, qu’il lui avait offert l’hospitalité. Un grand gaillard plein de bonhomie, relativement repérable, outre par sa tenue traditionnelle de chasseur, mais surtout par sa moustache dessinée à la règle et à l’équerre. En plus du contour aussi net qu’une lame de rasoir, l’épaisseur en était parfaitement régulière. Ce qui formait un trapèze sombre, en volume, sous son grand nez volontaire. Et pour rendre la chose totalement irréelle, les poils semblaient avoir été peigné un à un, afin d’être rangés parallèlement telle une légion au faîte de l’empire romain.

Sans les politesses inutiles d’usage, l’homme expliqua sa présence ici. Il venait du sud à la recherche d’un gibier rare. Mais la nature ne raisonnait plus en lui comme avant. Et l’arme qu’il utilisait, exigeait une sensibilité fine comme le bout des ailes d’un canard. En cas d’osmose, la précision était fatale pour le règne animal. Mais dans le cas contraire, ce fusil devenait la plus mauvaise des armes à feu.

Pedro le chasseur, car c’est ainsi qu’il s’était présenté, avait perdu ses sensations. Pour les retrouver, il devait vivre nu une après-midi entière, au plus profond de la forêt sauvage. Et afin de partir l’esprit libéré, il avait besoin de confier son matériel. Dans ces conditions idéales, il pourrait briser ses blocages et ouvrir de nouveau son être à la plénitude de la nature.

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2 commentaires
nikubik:
on peut être fasciné sans vouloir imiter
je pense à Tom Selleck
hein ?

Anonyme:
J'ai envie de dire que ta manière de décrire cette moustache laisse chaudement transpirer ton envie d'en porter une !
Audrelfe

De la poésie marine

ODE AUX PIRATES
 
 
Yik yak, disaient-ils solennellement sur les flots déchaînés et impétueux.
Tipiak, criaient-ils inlassablement quand la mer était démontée.
Soldes à la FNAC, hurlèrent-ils soudainement sans savoir ni dave ni d’adam pourquoi.

Quels affreux fanfreluchons étaient-ils en ces temps reculés derrière un canon.
Mais advint l’enfance de l’art
Tout était perdu désormais
Un affreux désastre éparpillé

Dans leurs coffres à la cale, tous ces trésors perdus.

Les pierres précieuses brillent sous le regard du spécialiste. Il hoche la tête après chaque examination avant d’en entamer une nouvelle. Sa foi, sa morale : justice d’évaluation.
L’équilibre n’est pas simple à trouver et les attentes sont facilement déçues. PRESSION.
Il a les épaules solides, oh ça oui, on ne peut le nier, quelle courbure en filigrane.
Cependant il arrive que les mains tremblent. Le client le voit et il devient encore plus nerveux.

Une petite goutte de sueur se forme sur le front du spécialiste. Elle grossit jusqu’à devenir visible. Ce renflement renferme toute la tension accumulée. Elle gonfle encore et glisse légèrement. Maintenant son ventre rond brille, signe d’une grande fragilité. Une aiguille pourrait la crever. La crispation est trop forte, la goutte se décroche du pli dans lequel elle était fixée, la main se lève.

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