Une autre nouvelle sur le moment

carnet 02

un mec est au cinéma et il écrit dans un carnet. Franchement, il trip trop au lieu d’attendre le film. Le silence angoisse les quelques spectateurs qui n’osent pas trop parler. Lui est seul, mais il s’en fout, il a son carnet. Le bruit d’un homme qui s’assoit à sa gauche l’interrompt ; mais un instant seulement car il replonge aussitôt dans le flot qui comble son attente et accapare ses pensées. Un autre homme s’assoit devant. Il n’y a aucune fille dans ce cinéma, ce n’est pas possible ! Peut être que le film est ciblé homo ? Où plutôt macho ? Mais alors je fais quoi ici ?

Je suis un mélange homo-macho ? Est-ce seulement possible ? En tout cas, pas de quoi bander ici, pas de quoi fantasmer, et ça n’aide pas à combler le vide intérieur qui devient tout à coup palpable et dont la noirceur renvoie aux peurs primitives existentielles. Cette fois, un bonhomme serait le bienvenu, même pour s’asseoir juste à côté.
Ca y est, c’est le noir du vide. Ah non. Le film commence…

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Ma 5ème participation au marathon de Caen

Étrange était ma motivation. J’avais terminé ‘Léa a des yeux de forêt‘ juste avant, je n’avais pas trop envie de faire un film. Le thème ne m’inspirait pas non plus. J’ai décidé d’aborder le sujet comme une nouvelle, étant donné que j’écris toujours des Jukins, j’étais un peu dans ce mode d’écriture. J’aimais assez mon texte, mais il fallait en faire un film. J’ai alors opté pour un mode de récit basé sur les mots, laissant l’image devenir plus illustratrice, voire pauvre, afin de laisser entendre les mots. J’ai obtenu le prix spécial du jury.

La thématique était: J’ai toujours rêvé d’être noir.

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Jukin 17, suite et fin de la trilogie du crayon

17. Ce matin, Jukin est devenu riche.

Il s’était levé tôt, ce qui était déjà une bonne chose. Et aussitôt, le désir d’écrire son autobiographie revint le titiller. La première fois, il avait été saisi en se couchant. Maintenant il se levait, motivé par l’idée de partager sa vie. Cependant les efforts demandés afin de remplir un gros livre le décourageaient. Il avait besoin du retour du public dès les premiers chapitres. C’est à ce moment que le premier éclair frappa son destin. Dans un flash, Jukin comprit qu’il devait publier son autobiographie par blog. Toujours en caleçon, il ressortit et brancha son ordinateur obsolète mais fonctionnel. Il payait encore l’abonnement Internet !

Très rapidement il publia le premier article de sa vie. Il était enthousiaste et rafraîchissait la page toutes les minutes afin de voir s’il y avait des commentaires. Une heure plus tard il allait abandonner quand il découvrit le premier : « je suis arivé par hazar, ms c trop nul ton truc. mdr 🙂 ». La déprime l’ensevelit aussitôt. Il prit tout un tas de couvertures et grimpa les escaliers pour le grenier. En haut, il s’emmitoufla en boule et se laissa dévaler. En bas de l’escalier, il rebondit contre une petite commode qui se renversa. Il laissa écouler 20 bonnes minutes dans son refuge de coton et de douleur.
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2 commentaires
Anonyme:
je suis arivé par hazar, ms c trop nul ton truc. mdr :-) et c'est vrai totalement pourris ;) ton article

Anonyme:
je suis arivé par hazar, ms c trop nul ton truc. mdr :-)

Notation spontannée

carnet 01

un mec est à l’ANPE et il écrit dans un carnet. Franchement, il trip trop au lieu d’attendre comme un funiculaire. Une fille le regarde. Tant qu’il ne la voit pas, il est persuadé qu’elle est trop mignonne. Finalement il tourne la tête : bof.

Alors de nouveau il est face à son vide intérieur qu’il tente de fuir par le flot des mots.

Mais sans cesse l’angoisse de la fin des mots le prend et le pousse à continuer, à trouver une sortie, un rebondissement, le moindre détail qui lui ouvrirait un univers inconnu aux limites infinies. Cependant il est coincé, à l’ANPE, il doit attendre dans une pièce, et personne en vu ! Le vide a été eche…
Mon nom, c’est mon tour

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Jukin 16, la suite de la trilogie du crayon

16. Ce matin, Jukin s’égosille pour rien.
Il hurle à la fenêtre de son séjour qu’on lui rende son crayon. Que la personne qui lui a fait cela lui a volé une partie de sa vie. Ce crayon était en effet imprégné de sa cervelle après avoir passé une journée dans son oreille. Ca le mettait d’autant plus en rage, que tout le monde semblait l’ignorer, semblait s’en moquer. Comme s’ils considéraient sa vie sans importance. Et soudain, un immense essaim de doute le traversa. Ses yeux s’écarquillèrent, sa maison devient gigantesque. Avaient-ils raison ? Sa vie n’était elle qu’un trou dans la terre ?

Jukin rejoint immédiatement la forêt la plus proche avec une pelle sur l’épaule. Au niveau du parking, il s’immobilisa devant une affiche publicitaire. Elle représentait un pot de fleur en fonte d’où dépassaient deux minis jambes à talon aiguille. Il était estomaqué. Cette image était pour lui l’exact condensé abstrait d’une journée de son passé. Comme-ci quelqu’un avait pu faire un résumé mental d’une journée entière. Et surtout comme s’il avait trouvé le moyen d’en capter l’essence émotionnelle, ce que lui-même en gardait dans sa mémoire. Quelqu’un avait utilisé son crayon !

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Jukin n°15, le début de la trilogie du crayon

15. Ce matin, Jukin a bien mal à la tête.

Ça lui a pris comme ça, dès le réveil. Pourtant il avait une impression évanescente d’avoir fait des rêves doux et apaisant cette nuit. Il ne se sentait même pas encore de mauvaise humeur, malgré la douleur. Ce n’était donc pas un malheur psychologique qui lui causait ce trouble. Quelque chose, quelque part dans son corps, clochait. Il s’assit en tailleur, ralentit sa respiration et ferma les yeux. Comme l’on retrousse une jambe de pantalon, son esprit s’était retroussé en lui-même. Méthodiquement, Jukin parcourait tout son corps. Il communiquait intimement avec lui. Ses organes lui répondaient un à un, puis ses os, ses fibres nerveuses…

La transe s’acheva quelques heures plus tard. Insatisfaisant, les réponses étaient toutes positives. Aucun dysfonctionnement interne. Il se déplia, posa sur sa table de chevet le calepin de notes qui était resté sur son lit. En effet, à l’heure du coucher, il avait eu envie d’écrire son autobiographie. Cela c’était soldé par un échec, mais il avait trouvé rapidement le sommeil.

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1 commentaire
Anonyme:
Héhé ! ça me fait penser à La bête à Mait'Belhomme de Maupassant. Mais disons en moins... normand !
Bisous Monsieur Jedonnepludenouvelles

Audrey Cheval

Tout à coup j’ai fait un film

Film impulsif sauvage. J’étais là, pas bien à trainer un mal-être, j’avais envie de sortir, il faisait beau, et j’avais cette envie de filmer. Le vent dans les rideaux et mon état du moment. Après hésitation, je me suis finalement lancé et j’ai suivi mon ressenti. Sans me poser de questions inutiles du genre « a quoi ça sert tout ce que je fais ? » « est-ce que le film plaira ? »

Je me suis laissé guider par ce qui m’attirait automatiquement. Au fur et à mesure, une dialectique s’est construite. Au montage, j’ai utilisé des sons/musiques que Léa venait de me faire découvrir, c’était parfait. Depuis, la démangeaison de filmer cela a disparu, j’ai bien fait de me lancer.

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Jukin 14, c’est tranchant

14. Ce matin, Jukin a les idées claires.
Le tube néon qu’il a installé un mètre au dessus de son lit pour se réveiller plus rapidement, le brûle d’une lumière blanche. Tellement forte qu’il a l’impression qu’elle éclaire sa pensée. Les idées noires disparaissent entre les circonvolutions de sa cervelle. Total, le réveil n’en est pas moins brutal. Ce qui lui donne l’impression de vibrer légèrement. Le passage du sommeil profond à un immédiat état de conscience est désagréable, mauvais. Pourtant, la lumière blanche dans son esprit fait naître des envies joyeuses et altruistes. Il désire aider une vieille à traverser, un enfant à faire ses devoirs, un sourd et muet à apprendre le langage des signes.

Plein d’entrain, il sauta de son lit et sortit de sa chambre. Dans le séjour, la lumière naturelle rayonnait déjà. Cependant, son cerveau ne subissait plus les effets du néon. Les idées noires en profitèrent pour ressurgir et comme une vengeance, elles submergèrent complètement son cerveau. Jukin alla se poster dans sa salle de bain, et par le petit trou du mur du côté, il observa les fenêtres de l’immeuble en face. Il se l’était interdit jusque là, mais ne pouvait pas s’en empêcher aujourd’hui. La voisine arriva dans sa salle de bain et ôta son peignoir. Il profita de ses courbes harmonieuses, la main dans le caleçon. Puis il enfila à la va vite des vêtements quotidiens et rejoignit une rue. Un petit homme maigre le croisa, il le frappa violement au visage. Le temps qu’il l’observe s’affaler ridiculement au sol, il s’immobilisa sous une enseigne lumineuse blanche. Des photons purs atteignaient sa matière grise. Les pensées noires refluèrent immédiatement. Jukin se précipita dans l’obscurité d’une ruelle perpendiculaire, s’accroupi et pleura.

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