Jukin 13, c’est optique

13. Ce matin, Jukin voit plus loin que d’habitude.

Au bout de son lit, il aperçoit ses orteils gonflés dépassant de la couette. L’ongle du pouce droit jaillissant de la fine couche de peau rose. De longues stries le parcourent jusqu’à la bordure blanche en contact avec l’air. Au-delà de ses pieds, les fibres des portes de l’armoire apparaissent sous un jour nouveau : elles vibrent lentement, le bois est encore vivant. Un acarien du bois se faufile même. Un peu téméraire, il fonce de crevasse en plateau, sans ralentir. Il finit par tomber.

Ce sursaut amena Jukin à se lever. Il se glissa jusqu’à la fenêtre de son séjour et observa distraitement. Un soleil blanc et fatigué projetait une lueur maladive dans son jardin. Son regard fixa les reflets laiteux luisant sur les murs de son atelier. Un mouvement sur la droite, il détourna son regard. Sur le dessus du mur du fond semblait apparaître péniblement un paresseux. Cet animal n’avait rien à faire là. Et pour le confirmer, un aigle majestueux vint se poser à côté. Jukin pensait les imaginer plus que les voir, car le fond du jardin était à la limite de ses possibilités visuelles, alors il força sa vue. Un étrange effet de zoom le rapprocha des deux formes : il s’agissait bien d’un paresseux et d’un aigle ! A cet instant, le rapace enserra la peau du dos du mammifère et jaillit dans l’air en l’emportant. Le mouvement des ailes et la puissance dégagée étaient fantastiques.

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Le coup de la tête

Comme pour le modèle de flèche en 3d, mon ami Simon ne maitrisait pas les outils de synthèse à l’époque, alors il a fait appel à nouveau à mes services. Plus compliqué cette fois. Il me demanda de réaliser un modèle de tête en 3D avec une texture de chien, pour son film PEG, qu’il ne pu malheureusement jamais terminer. Cependant, il s’était amusé à effectuer l’incrustation, image par image, de cette fameuse tête bestiale. Voici un document exclusif, vraiment.

Il existe aussi ce trailer où l’on découvre l’ambiance et un des principes narratifs un peu fou de ce projet. Vraiment dommage que ce film n’ait jamais vu le jour.
 

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Jukin 12, suite et fin de la duologie de la rage

12. Ce matin, Jukin a mal au ventre.

Il sentait quelque chose de très dur au fond de lui. En toute logique, il alla aux toilettes pour s’en débarrasser. Un petit pas de danse rituel devant la cuvette avant de baisser son pantalon, mais il ne le sentait pas du tout. Il s’assit et frissonna au contact froid de la faïence. Ce qui eut pour effet désagréable de le contracter d’avantage. Vraiment, tous les signes étaient négatifs. Il commença d’abord par essayer de ne pas y penser. Laissant la nature faire son orifice, en pensant à des cascades d’eau, des éruptions volcaniques, des geysers islandais. N’importe quoi au hasard de la nature, afin de distraire son esprit, de se détacher de son corps, de se détendre et peut être de détendre cela. Mais ses sensations internes l’informaient d’un immobilisme complet. Il se dit d’ailleurs que ce qu’il avait à offrir au monde n’était pas naturel, donc cette méthode ne devait pas être indiquée.

Evidement encore plus agacé, il enclencha la méthode du poussé. Doucement, il ne voulait pas se blesser. Son esprit était perplexe face à ces sensations étranges, nouvelles, inconnues. Il sentait un mouvement mais en bloc, comme-ci tout bougeait avec. Toujours énervé, il fini par effectuer une grosse poussée. Il s’arrêta aussitôt car il cru s’être tout arraché. La douleur s’entendit à l’abdomen en son entier. Paradoxalement, il fut soulagé de ne rien trouver au fond de la cuvette.

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Jukin 11, première partie de la duologie de la rage

11. Ce matin, Jukin est fou de RAGE.

Vous savez, ce nouveau groupe de blardcore monté par les 3 jeunes qui habitent la maison d’à côté. Il les a découvert en concert et comme on dit dans ces cas là : ce fût la claque. A la fin du set, il s’est jeté sur leur cd démo. Maintenant, il tourne en boucle à fond chez lui. Une telle énergie se dégage de leur son, qu’il n’a pas encore dormi depuis le concert. Leurs compositions ont cette profondeur mystérieuse qui le fait planer dans la magie des étoiles. Jukin s’acheta une sono à un prix exorbitant. Il avait besoin de cela pour mettre le son fort et garder une super qualité.

Heureusement d’ailleurs que l’on sonna à sa porte avant qu’il n’active son nouveau système. Jukin ouvrit à deux jeunes souriants. Le blond lui dit : « Bonjour, nous sommes vos voisins. On est désolé de venir pour ça, mais en fait, on est dérangé par la musique. » Il réalisa alors que c’étaient deux membres des Rage. Déjà la sueur recouvrait ses mains tremblantes. Il bavait de la mousse. « C’est gentil d’écouter notre musique » continua le plus petit « mais c’est trop fort, ça nous empêche de répéter. » Jukin commença à ouvrir la bouche : « Oh, je … » et la mousse coula sur son t-shirt du groupe. Totalement confus, il rougi jusqu’à en devenir violacé. « Ce n’est rien Monsieur » le rassura le blond. « Si vous pouviez simplement baisser la musique ». Jukin acquiesça maladroitement de la tête et leur claqua la porte au nez.

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Jukin 10

10. Ce matin, Jukin a pris deux p’tits dej’.

Quand il reposa le paquet après s’être versé des céréales, il vit leur niveau sous le trait à la date d’aujourd’hui. Il avait donc déjà mangé sa dose de céréales pour la journée. De même quand il se servit du jus d’orange pressé de sa bouteille de la semaine. Il était vraiment troublé dans la mesure où il avait la faim d’avant le p’tit dej’ et qu’il ne se souvenait pas du tout l’avoir pris. Lancé comme il était, il finit tout de même la procédure et se régala.

Cependant, d’angoissantes perspectives se présentèrent à lui aussitôt : quelqu’un vivait peut être chez lui à son insu. Mais alors pourquoi cette personne avait pris la peine de marquer les niveaux, pouvant ainsi la faire repérer ? Soit elle n’existait pas, soit c’est ce qu’elle cherchait inconsciemment. Jukin se dit aussi qu’un savant fou avait peut être pris le contrôle de son esprit. Il aurait ainsi été le cobaye d’un test de manipulation à distance. En puisant dans sa mémoire, le savant aurait trouvé la séquence « prise de p’tit dej’ » et l’aurait suivi pas à pas. Tout cela en maintenant son esprit en état d’inconscience. Il lui semblait qu’il se perdait dans des considérations saugrenues. Une fois ses idées triées, il fût persuadé qu’un individu avait envahit son intérieur et cherchait à être découvert. Cas classique d’une culpabilité post-parasitique.

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Le Jukin 9 haut en couleur

09. Ce matin, Jukin est tout violacé.

Autant cette couleur est étrange pour la peau d’un adulte, autant elle ne lui va pas si mal. Il se dit que personne d’autre ne pourrait la porter dans son corps avec autant d’élégance. Alors il sortit nu. Les gens le regardaient de travers, il cru s’être trompé. Que peut être ça ne lui allait pas du tout. Mais rapidement, il réalisa que c’est sa nudité qui dérangeait les passants. Il en fût profondément étonné, puis relativisa : était-ce SA nudité ou LA nudité en général qui les importunait ?

Afin d’en avoir le cœur net, il lui fallait comparer la réaction des gens devant l’anatomie d’une personne non violacée. Alors il calfeutra sa couleur avec des vêtements judicieux et un masque clone pour le visage. Il déambula dans les rues à la recherche du cobaye idéal. Un jeune skater virevoltait plus loin près d’un arbre. Il se rapprocha discrètement et attendit qu’il se repose deux minutes. Dans un mouvement torsadé, il lui emporta tous ses vêtements. Les passants alentour se figèrent pour dévisager le cobaye. Et contrairement à ce que Jukin espérait, ils ne furent pas choqués, bien au contraire. Ils éclatèrent de rire. Bientôt, il ne restait d’eux plus que des confettis de peau épars. Le skater fila sans son skate.
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Jukin huit, sur la corde raide

08. Ce matin, Jukin a voulu sauter de sa fenêtre.

L’idée de faire un joli bond dans l’herbe verte et dense en contre bas le stimulait de plaisir physique. Seulement voilà, le vertige ça ne s’explique pas. Une fois sur le rebord en pierre, la tête lui tournait invraisemblablement. Plus question de rigoler. Il descendit donc au rez-de-chaussée et se laissa tomber de la lucarne basse et ronde du séjour. L’herbe était plus plate et jaune à cet endroit du jardin. Il n’eut pas le plaisir escompté au contact de la nature. Que ce soit en vol, à travers l’air, ou au sol, sur le gazon. Mais déjà à cette hauteur peu élevée, il eut des frissons gzigzou tout le long de son système nerveux. Ce serait donc un devoir pour lui maintenant de réussir le grand saut.

Il remonta au grenier et s’approcha de la fenêtre. Mon dieu, comme c’était haut. Trop crispé, il alla soulever une épaisse couverture rouge au fond du grenier pour y découvrir un coffre. Il en souleva le couvercle, une boîte sombre reposait à l’intérieur. Par un geste très précis, comme venant d’un rituel ancestral, il la prit lentement. Une fois déposée sur une petite table haute, il fit tourner le fermoir en or qui brillait sur la surface laquée de la boîte.

Il l’ouvrit et contempla un instant le pistolet qu’elle renfermait. Trapu, fait d’un métal noir élimé, il se saisit de la crosse recourbée et plaça 3 balles dans le barillet, ça devrait suffire. Il fit volte face violement et tira 3 coups successifs dans 3 directions du plafond. Les balles se logèrent dans le plastique dur, parmi d’innombrables autres balles. Tout comme la fumée disparaissait au bout du canon de l’arme, la crispation refluait de Jukin. Dans la même atmosphère sereine qu’à l’aller, il rangea l’arme et replaça la couverture.

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Jukin 7

07. Ce matin, Jukin a oublié d’ouvrir les yeux.

Quelle galère. Il savait qu’il manquait quelque chose, que c’était important et utile, mais il ne voyait pas quoi. Il savait aussi qu’il allait se le traîner toute la journée à essayer de trouver. Evidemment ça tombait la journée où il devait accomplir son devoir citoyen annuel obligatoire. Le sort avait tiré pour lui l’accompagnement d’un groupe de touristes aux falaises de la mer. Impossible d’y couper, le voyage s’annonçait pénible. Il eu l’impression de mettre un an à s’habiller et échoua dans toutes ses tentatives de prendre son petit déjeuner. Il savait qu’il avait là des indices pour le mettre sur la voie, mais il n’insista pas, ça allait le bloquer.

Il se félicita de connaître par cœur le chemin de la gare routière. Vu ses mauvaises dispositions, il était persuadé qu’il se serait perdu. A l’heure rendez-vous, il rejoignit le brouhaha autour du car qui leur était réservé. L’autre accompagnateur le salua, mais il ne su pas déterminer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Encore un de ces androgynes tarés, pensa-t-il. Et ça ne le mettait pas en confiance.

Il regretta que le chauffeur du car n’allume l’éclairage intérieur, car il n’arrivait pas à identifier les touristes. Du coup, les conversations se mélangeaient et il était sûr de ne pas répondre à la bonne personne, au moins 2 fois sur 3. Ca commençait à l’agacer sérieusement de s’entendre répondre « mais, je ne suis pas une fille Monsieur ». Il décida alors de rester silencieux pour le reste du trajet.

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Jukin 6

06. Ce matin, Jukin a retrouvé son amour perdu.

Qu’est ce qu’il était laid. Laid à en pleurer. Laid à en vomir pour être parfaitement honnête. Ça le décevait profondément. Il se demandait d’ailleurs s’il n’en avait pas une part de responsabilité. Comme une pomme délaissée au fond d’un placard se dessèche et flétris. Il aurait peut être dû l’entretenir, son amour perdu. Avec des souvenirs. Un pèlerinage régulier, c’est ça qu’il fallait. Retourner à l’endroit précis où il l’avait trouvé. C’était une très bonne idée. Mais pour cela, il lui fallait un nouvel amour perdu, l’autre était irrécupérable. On ne peut tout de même pas entretenir quelque chose d’aussi dégoûtant.

Il enfila une belle chemise et se plaça à la terrasse d’un café. Un diabolo pétillant dans son verre, il observait ce qui passait. Quand une fille s’approchait, il la montrait du doigt et hurlait « non ! » si elle ne correspondait pas à ses critères. « Non ! » celle-ci était trop jolie, trop fraîche pour un amour perdu. Il avait besoin d’une fille plus nostalgique. « Non ! » celle-là était trop moche, complètement hors sujet. « Non ! » celle-ci était trop grosse. « Non ! » celle-là trop maigre. « Non » pas assez féminine. « Non ! » trop vieille. « Non ! » trop joyeuse. Mais attendez. Jukin s’était figé dans l’espace, la bouche entrouverte et les yeux légèrement écarquillés. Approchait du trottoir d’en face, une fille brune et mince, toute mignonne, le regard profond et un soupçon mélancolique. Comme une échalote tombée du ciel, Jukin était tombé amoureux.

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1 commentaire
Anonyme:
Justin s'est échappé de l'asile !!!
Moman