Etrangement, il sentit aussi du mouillé au niveau de son bas ventre. Il baissa les yeux pour vérifier, mais oui, il était en train de se faire dessus. Du pipi. Plein sur lui. Il sentait le liquide chaud se répandre le long de ses cuisses et remonter légèrement sous son nombril. Comme il était assis en tailleur, le liquide s’accumulait dans une sorte de cuvette formée par ses cuisses et ses hanches.
Le plus étrange demeurait cette sensation double que Flell éprouvait. A la fois du plaisir, à se laisser aller ainsi à savourer la douce et confortable chaleur de l’urine. Mais aussi un malaise, à ne pouvoir se contrôler et à se sentir tout humide. Sans parler de l’odeur de crèche qui lui montait aux narines.
(Lire la suite…)
texte
Vunion Lautrec, chapitre 6 [110]
Mais soudain il sentit un pic.
Très piquant. Il fut blessé dans son amour propre qu’il retourna, le maintenant aux épaules, et serra au cou. Il suffoqua. C’est à ce moment qu’il put se focaliser sur le pic piquant : la lance de son espadon empaillé. Il avait oublié jusqu’à son existence, malgré les bons moments passés ensemble. Il balaya la nostalgie d’un revers du front et le sortit de la fine boue qui l’avait à demi enseveli.
C’est là qu’il retrouva son livre rouge. Soussur l’espadon. Mais comment aurait-il pu retrouver un objet, accolé à un autre dont il n’avait plus le souvenir ? Il remercia la providence et tira l’ouvrage d’un coup sec.
Quelle drôle de sensation. Cet objet lui était tellement proche et éloigné à la fois, la scène lui parut irréelle. Les souvenirs étaient si nets, si brillants qu’il n’avait pas besoin d’ouvrir les yeux pour matérialiser le livre. Si bien qu’en le tenant dans la paume de sa main, sa main devenait un souvenir, et par extension lui aussi. Il était tiré hors de lui et le visage écrasé face à un miroir, dans le même instant.
Toutefois, à force de le tripoter, de le caresser, de l’observer sur toutes ses coutures, il lui rendit son aspect trivial et put se retrouver lui-même. Une dernière réminiscence de souvenir lui rappela alors le fonctionnement du livre rouge qui ne s’ouvrait pas par la tranche, mais par une grosse couture verticale sur la couverture. Il y enfonça la main.
Il faut en tirer le maximum, souffla-t-il à travers les gouttes de pluie qui lui tombaient du pommeau de la douche.
L’intérieur était noir, sec, inerte : du vide. C’est ce qu’il cherchait. Etrangement, il sentit aussi…
Laisser un commentaireColine m’a inspiré
ZOUILLE
La gazelle se sent traquée, elle se réfugie entre des buissons où perlent quelques gouttes musquées. L’angoisse fait monter son rythme cardiaque et ses veines se remplissent d’adrénaline. Elle ne fait pas attention au doux parfum qui plane dans l’air. Ses fines oreilles se redressent, à l’affût du moindre bruit.
Le cougard a pris possession de la savane, les derniers oiseaux s’envolent au loin, leurs ailes font des mouvements saccadés. Les yeux du félin se rétrécissent, prêt à repérer le moindre souffle d’air. Ses narines s’élargissent et sélectionnent avidement les molécules en suspension. Sa tête pivote instantanément sur sa droite.
La gazelle ne supporte plus l’attente ni le silence, alors elle s’élance et soulève la terre sèche qui forme une fine fumée où ses sabots frappent le sol. Ses longues pattes fuselées se déplient avec agilité, elle rebondit en souplesse.
Le cougard, comme une ombre, bande ses muscles et jaillit. Il n’a plus besoin d’être furtif. Sa puissance s’exprime alors par des mouvements chaloupés. Les griffes de ses pattes grattent la terre et laissent de fins sillons. Son pelage s’hérisse le long de sa peau épaisse.
Les deux silhouettes animent la savane qui semble déserte. La gazelle fuit dans les herbes sèches qui lui frottent les flancs. Sous l’effet de surprise le cougard est distancé mais rapidement il revient à hauteur de sa proie.
Bientôt il va lancer ses lourdes pattes en avant qui s’abattront sur le dos de sa victime. Les griffes transperceront la chair tendre qui libérera un sang tiède. Elle trébuchera et s’effondrera.
La salive s’écoule déjà des babines du fauve. Il doit la ravaler immédiatement car la gazelle a fait une embardée qui l’a semé légèrement. Encore un effort et ses crocs pourront déchirer la peau de l’animal, le rouge se répandra sur le pelage sombre de son museau. Il sent de nouveau l’odeur de la sueur de sa proie, signe imminent de la capture.
Le cougard s’écroule.
La gazelle disparaît dans des fourrages.
La fumée soulevée par la chute retombe avec un silence pesant.
La savane est immobile.
La respiration du félin ralentit. Il aperçoit de gros nuages cotonneux accrochés dans le ciel, ils deviennent rouges. Ses yeux se remplissent de sang, puis sa gueule. Les nuages virent au noir, l’animal se détend. Une fine pointe est plantée dans son épaule. Les herbes alentour baignent maintenant dans le liquide ocre.
Le cougard ferme les yeux et laisse échapper un dernier souffle. C’est alors qu’une nouvelle silhouette sort de l’ombre d’un arbre. Petite et vive, elle se faufile entre les touffes végétales.
Elle se redresse en atteignant la bête inanimée et d’un geste rapide et précis arrache la pointe. Ce n’est pourtant qu’une petite fille noire aux cheveux tressés, mais son regard est celui d’un prédateur. Elle a perçu plus loin une présence parmi la végétation et se met sur le qui-vive.
La gazelle la regarde, elle a sortit sa tête d’un fourré. Une communication tacite s’établit. Le temps s’est arrêté.
Vunion Lautrec, chapitre 5 [101]
Cependant, malgré le désordre ambiant, et quand même au bout du chemin, il s’évertua à retrouver l’ouvrage qu’il cherchait. C’était un petit livre, de ceux qui passent inaperçus, un format quasiment carré, une couverture rouge foncé en carton plastifié, une tranche ni trop fine ni trop épaisse qui permettait de le tenir fermement dans la main, de sentir la matérialité du livre, sa masse parfaitement équilibrée.
Flell repoussa du pied des cubes de couleur, qu’il ne se souvint même pas avoir possédés, à aucun moment de sa vie, et tomba sur une revue passionnante. Il la sortit du lac d’humidité qui avait collé les pages et essuya la mousse qui se propageait sur l’illustration de couverture. Détail amusant : la mousse poussait justement là où la femme sur la photo avait rasé sa mousse naturelle.
Il consulta le sommaire et se félicita d’avoir un tel magazine. Avant de se référer à l’article sur le fonctionnement des oreillettes, il se prit un peu au jeu du poster central et utilisa de son huile de coude.
Calmé et heureux il ne lut que la moitié de l’article pour se remettre en quête du livre rouge à la surface du marécage. C’était plus la moiteur et la sueur rendant ses mouvements lents et inefficaces que le fatras d’objets qui l’empêchaient d’arriver à ses fins. Mais soudain il…
Marion m’a inspiré
HUSKY STYLE
Tes jambes sont balayées
par un souffle froid et sec.
Le vent est tellement rasant
que tes chevilles se tordent sur la glace.
La faible lueur diffuse du soleil blanc
laisse place rapidement au crépuscule gelé.
Tes vêtements se craquèlent,
la moelle de tes os se saisit.
Le tissu se déchire et
est emporté par le blizzard.
La banquise te semble infinie.
(Lire la suite…)
Vunion Lautrec, chapitre 4 [100]
Comment n’avait il pu le remarquer d’emblée ? Avec son entraînement, sa formation intensive ? Décidément, tout allait de travers. Ce qui le frappa le plus, c’est qu’il avait réussit à identifier l’oreillette, sur le moment, mais que son cerveau n’avait libéré l’information consciente, qu’après les événements. C’est comme si une partie de son esprit lui refusait certaines données, et qu’elles ne remontaient que très lentement jusqu’à lui.
Arrivé dans son hall d’entrée, Flell gravit les merches de klocks 3 à 3. Il escalada une crotte de dahu posée devant la portière de sa chambre, descendit en rappel de l’autre côté et attrapa la clenche. Fugacement il vit le réseau électrique de son appartement, comme un schéma technique. Il ouvrit la porte.
Avec difficulté, car sa moquette était toute gonflée à cause de l’humidité qui provenait de l’appartement du dessus. Kuka, son voisin, était rapiculteur. Et de nombreuses fuites de sulfure-horizontal longeaient les murs jusqu’au sol. Après 25 minutes d’efforts répétés, il réussit à faire passer sous la porte l’épais tapis de mousse qui gondolait, et entra. Le sol, jonché d’une multitude de petits objets, était devenu la maquette d’une ville hétéroclite. Partout, de mini bonshommes et de mini véhicules de transport recréaient des scènes quotidiennes triviales. En outre, les tensions exercées sur le revêtement y avaient dessiné un paysage de collines vertes qui cernaient la ville. Cependant, malgré le désordre ambiant, et quand même au bout du chemin, il …
Vunion Lautrec, chapitre 3 [11]
La crêpe fumait encore si bien que le quadrupède se méfiait. FleIl avait tout de suite remarqué le très léger hérissement des poils sur les flancs ainsi que la dilatation des conduits auditifs.
Mais finalement l’animal partit avec sa pitance, caressant les feuillages de son pelage. FleIl concentra alors de nouveau son attention sur le couple à trois.
Ils étaient partis.
Comment avait-il pu les laisser échapper à cause d’une belette! Son rapport risquait d’en faire rire plus d’un. Non il se résolut à mentir, comme il le faisait de plus en plus souvent ces derniers temps, remarqua-t-il mentalement. Il finit la crêpe d’une bouchée, rangea le télescope et sortit vivement de ces buissons. Il remonta l’allée principale du parc tout en marmonnant ; quelques personnes se retournaient sur son passage, il n’y prêta pas attention.
C’est quand il atteint la route adjacente que le détail lui revint. Celui qui avait appris la nouvelle à Blanchette avait une oreillette ! Comment n’avait il pu…
Comme une déliquescence
la sentinelle de ton cœur se présente sur le toit
elle souffle de l’hydrogène pulsé par de petits trous
mais alors le souvenir d’une vie gâchée lui remplit l’estomac de cendres de tomate
sa tête tourne, elle devient titubante et se craquelle
elle s’appuie sur son fusil de larmes qui coulent sur ses mains
l’humidité lui saisit les épaules et comble sa gorge
elle étouffe et vomit une flaque d’eau épicée
un premier puis un second genou à terre, une main lâche la crosse et se froisse dans le gravier
peu à peu le corps se déchire et pèse une tonne
il s’effondre et s’imbibe de son vomi salé
sur le flanc douloureusement puis sur le dos pour le repos
tout bascule dans l’esprit de la sentinelle, les couleurs se mélangent
un rayon lumineux jaillit d’entre les ténèbres du ciel et frappe son front
les yeux s’entrouvrent et le corps sèche.
LA SENTINELLE
Laisser un commentaireVunion Lautrec, chapitre 2 [10]
Les cellules nerveuses de ses pieds étaient sèches et sa peau chargée d’électricité statique, alors il s’électrocuta sur une barrière de protection des faons, mais ne protesta pas. Il y était habitué, c’était sa maladie. Il s’arrêta derrière un buisson pour les observer et se piqua sur les épines, sans protester, c’était sa maladie. Il sortit alors un télescope de la poche intérieure de son imperméable, retira le cache protecteur de la lentille et le cala dans le buisson.
3, ils sont 3.
Elle est déjà au courant, elle pleure.
Le moche a l’air gêné, c’est lui qui lui a appris.
Le petit l’aime, son regard le trahit.
Il se redressa pour repousser le museau pointu et vibrant d’une belette. Cet animal, affectueux habituellement, semblait vraiment énervé.
Il déchira un morceau d’une crêpe posée sur le dessus du buisson, et le tendit à l’animal. La crêpe fumait encore si bien que…
Vunion Lautrec, chapitre 1 [1]
Il poussa son collègue du bras et avança d’un petit pas. -Excusez-le, il est moche.
Mais elle se détourna et ferma les yeux. Il devina que des larmes coulaient sur ses joues et lui tendit un mouchoir à travers l’espace proche. Blanchette accepta de mauvaise grâce et se frotta les joues tandis que la structure interne de son cerveau s’affaissait, devenait instable et molle. Une part de son identité perdait de sa cohésion.
Dans un parc, à proximité, un bébé écureuil lâcha une petite crotte. Son système digestif commençait à fonctionner normalement. Il s’enfuit car un homme approchait.
Ce dernier avançait d’un pas pressé dans ses mocassins jaunes. Les cellules nerveuses de ses pieds étaient sèches et sa peau chargée d’électricité statique, alors …
Laisser un commentaire