Vunion Lautrec, chapitre 16 [10000]

 

Elle faillit le gober d’un coup quand le pélican lui proposa un marché.

-Balak attends ! Tsé j’ai un bon deal pour toi. Je laisse mes gosses dévorer que tes jambes, et ensuite j’te relache où tu veux.
-Ca me parait encore bien douloureux, moua-t-elle. J’ai envie de mourir, mais que se soit propre, comme un euro neuf.
-Leur bec, il est trop aiguisé aussi tsé, avec un anesthésiant intégré, ya pas de souçaillde.
-Si justement, répondit-elle en montant d’un ton.
-C’est réglo, j’t’emmène, s’obstina-t-il en prenant un virage serré et en traversant le mur du son.
-Je lâche le poisson immédiatement !
-Ne fais pas ça, t’es trop bête, dit-il en rétrogradant sous la vitesse sonique. J’peux t’faire un pont en or sur la côte ouest ma grande. Avec des chaînes autour du coup et des vrais havanes.
-Premièrement, au petit déjeuner je mange une pomme avec du pain, et non des chaînes. Secondement, je ne fume pas, c’est tellement dérisoire et mauvais. Dernièrement, que ferai-je d’un pont tout rigide et aussi voyant ?
-Attends, j’te calcule pas au niveau de ma proposition mortelle.
-Tu as écouté ce que je viens de dire ?
-Yo, mais t’as pas dû capter mon langage imagé. J’t’ai fais un deal de ouf, tu peux pas refuser.
-Cette fois c’est toi qui attends ! Je ne sais pas ce qu’elles ont mes jambes pour toi, ce pourrait être flatteur dans un autre contexte, mais là ça m’écoeure.
-Elles sont bonnes conclu-t-il.

Flell était enivré par tant de mouvement et de couleur, même si le orange prédominait. Il s’oubliait totalement, et dans un sursaut de conscience, il pu se dire que cette expérience était beaucoup plus efficace que le vitatif. Une petite tâche sombre et humide à l’entrejambe. Il ne pensait plus à rien et se sentait complètement lui-même. L’obscurité recouvrit la foule extatique, Flell leva les yeux au ciel. Un nuage sortait de l’ombre d’un bâtiment pour s’envoler dans la grisaille. Il savait que cela le concernait, mais c’était un mauvais présage.
Il surprit le regard inquiet de la femme qui avait sans doute décrypté le changement d’expression de son visage. Elle avait tout de suite ressentit qu’il s’était détaché de la foule. Flell lui adressa un sourire hypocrite, afin de ne pas l’inquiéter. Mais elle n’était pas dupe et insista. Sourire-lune vint la rejoindre et subit les dommages collatéraux du malaise, sa lune s’inversa. Ils regardaient tous les 3 cet étrange nuage suspendu. Flell s’approcha d’eux, les regarda intensément, improvisa une poignée de main secrète personnalisée à chacun ; ils acquiescèrent successivement. Il partit en direction du nuage qui filait.
La foule du kirkuce s’éloigne derrière lui. Flell ressent maintenant la solitude, il a froid. Il déplie donc ses manches rétractables afin de faire fuir la poule de sa chair. Le nuage lui semble plus petit et mou. Sans raison particulière, il pense à son sexe au fond de son pantalon. C’est alors que le public de la ville peut observer une verge à l’échelle 4000 :1 dans le ciel. Ses yeux gonflent et sortent de leurs orbites. Il les ramasse, se ressaisit et pense à une gentille glace. Cependant le nuage reste en pénis géant. Il ne comprend pas le mécanisme. Soudain le nuage enfle et se raidit. Flell baisse la tête et voit une érection se former entre ses cuisses dans son pantalon. Il ne peut s’empêcher de rougir. Des gens désignent le nuage et le regardent en chuchotant. Il se refugee camp dans une ruelle sombre, s’accroupit et ferme les yeux.
Mais il ne peut pas perdre la trace de son guide. Il se redresse, ouvre les yeux et se concentre à mort sur sa tâche, la nouvelle fonction qu’il s’est attribuée, et fait fit des autres. Soulagé, il retrouve le nuage immobile, plus loin dans la rue, et en forme de nuage, mais impatient. Une sorte de fumée noire en sort par jets. Flell s’avance déterminé. Le nuage repart, quelques effluves grises sont encore expulsées. Les passants ignorés reprennent leurs activités futiles.
Comme pour le narguer, par intermittences rapides, la condensation de vapeur d’eau reprend la forme de sa verge. Chaque flash de forme ayant la même valeur qu’un tirage de langue. Mais Flell ne bronche pas face à cette intimidation, si bien qu’elle cesse aussitôt.
Devant lui se présente alors un dédale labyrinthique en toile d’araignée. Sur le coup, il ne comprend pas l’intérêt de remplir une rue ainsi, mais une banderole « Fête de la toile d’araignée », suspendue par des veuves noires, achève de le convaincre. Le nuage immatériel file rapidement à travers ces draps de soie. Tandis que Flell, engagé dans le chemin, s’enchevêtre. Il tente de prendre les rares passages sans toile, mais ils sont trop petits et trop peu nombreux. Il cède vite à la méthode bourrin-dévastateur. C’est pourquoi la toile s’accumule autour de ses membres et dans ses yeux, ses mouvements se ralentissent. Le nuage n’est plus qu’une forme évanescente. La rage qui le prend à la gorge ne fait qu’empirer la situation. Flell est bloqué.
Il ferme les yeux. L’image de Blanchette qui se forme dans son esprit l’apaise. L’étreinte de la toile se détend. Il se concentre sur cette image vaporeuse et les fils ramollissent. Il tire d’un coup la matière collante autour de son cou, elle se resserre. Il fait l’effort de se détendre, la toile se détend de nouveau. Cette fois, par un geste lent et mesuré il commence à ôter le filin enroulé à son cou. Aucune résistance. Dans la même pesanteur, il se dégage peu à peu et cherche la direction qu’a empruntée le nuage désormais disparu.
Précautionneusement, il écarte les langues gluantes de son passage et reprend sa progression. Certes lentement, mais il avance. A chaque tentative d’accélérer la manœuvre, la toile se raidit. Flell ferme alors les yeux et Blanchette le réconforte. Détendu, il continue son chemin au ralenti, mais le nuage n’est toujours pas visible.
Il marche alors sur un mini-mouton posé au sol. Quand il lève le pied, il n’en reste d’ailleurs pas assez pour parler de mouton. Pourtant, un peu plus loin, un autre est suspendu ; il s’agit bien d’un mini-mouton. Cet animal imaginaire semble familier à Flell. Bien sûr la forme est celle du mouton, mais il s’agit d’avantage de la texture et de la teinte qui raisonnent en lui : le nuage ! Par réflexe irréfléchi Flell s’enflamme et se retrouve encore une fois coincé. Le système ayant fait ses preuves, il ferme les yeux, se calme et repart doucement, en faisant des gestes calculés. Il suit maintenant les mini-moutons-nuages.
Les toiles d’araignées sont de plus en plus dispersées. Le bout de la rue est visible par transparence. Encore quelques draps de soie à écarter et Flell est libre. Il aperçoit enfin le nuage monté haut dans le ciel, plus petit lui semble-t-il, malgré la distance qui les sépare. Flell s’engage dans une course folle.

Les palmes compriment la taille de Blanchette. Elle suffoque totalement, ce qui permet au pélican de la contrôler. En rage, l’impuissance la paralyse, elle ne peut contracter ses muscles. Le pélican sourit. Blanchette croit apercevoir entre deux battements d’aile, de la salive au coin de son bec ; comme s’il se gardait par avance le meilleur morceau.
Elle ne peut accepter la palme prise qu’il a sur elle. C’est pourquoi, elle décide de se laisser aller. Elle pend entre les sales pattes de l’oiseau, comme une bobine de spaghetti. Surpris, ce dernier baisse la tête et relâche quelque peu l’étreinte. Blanchette se tend d’un coup et saisi le cou de l’animal, à 2 mains. Il ne la lâche pas pour autant, mais elle peut le serrer de toutes ses forces, si bien que le contrôle est maintenant équilibré. Plus il étouffe, plus il contracte ses palmes. Cependant le cou est beaucoup plus fin que la taille de Blanchette, même si bien sûr la taille de Blanchette est fine. Ainsi la chair du cou du pélican est repoussé dans la tête et comprime les globes oculaires. Les yeux s’emplissent de sang, il entrouvre le bec, du résineux baveux s’écoule. Malgré la douleur, Blanchette crispe ses mains d’avantage, sa taille perd encore quelques centimètres. Cette idée lui semble positive, elle s’y attache pour oublier la souffrance. La langue du palmipède pend mollement tandis qu’un filet cuivré s’échappe de ses trous auditifs. La pression fait gicler du sang directement dans la bouche de Blanchette. L’écoeurement passé, ce goût ocre la galvanise. Les os de ses mains craquent quand la pression atteint le maximum. La tête du pélican tremble, les yeux ne sont plus que deux boules énormes et révulsées. Sa langue tombe. Le bec lâche un dernier gargarisme avant que la tête n’expulse les yeux. De la chair informe vient aussitôt remplir les orbites. Blanchette laisse retomber ses bras parcourus de spasmes. Le pélican aveugle, respire de nouveau, et relâche l’étau sans toutefois la laisser tomber. L’air véloce qui remplit de nouveau les poumons de Blanchette rebondit dans son abdomen par un phénomène physique mystérieux. La pression sanguine accumulée aux épaules s’y ajoute, en remontant par un battement cardiaque. La force puissante ainsi obtenue se propage aux cervicales. Les yeux de Blanchette éclatent violement. Sous le choc, le pélican ouvre ses palmes ; l’ex-captive chute.
Une fois dans l’obscurité, l’image de Flell vient tout remplir. Cela peut sembler saugrenu, mais elle se met à pleurer des larmes de sang. Cependant, une odeur familière, émanant du sol, vient lui chatouiller les narines. Elle est revenue au dessus de chez elle ! Blanchette visualise de mémoire la façade de son immeuble. Par abstraction, elle la reconstitue de dessus et remarque la rambarde qui dépasse. Elle est sûr de pouvoir s’y accrocher et tend les bras en avant. Mais l’image mémorielle de Flell est froide dans son esprit.
Le vrai Flell termine sa poursuite du nuage derrière un bloc d’habitations, et reconnaît l’entrée de chez Blanchette. Il court, pour atteindre le bas de l’immeuble.
Blanchette, ne le voyant pas, laisse descendre ses bras le long du corps avant d’atteindre la rambarde de son balcon, et fuse vers le sol.
Flell ne peut plus douter de l’identité de l’immeuble, quand il la voit s’écraser à ses pieds…

…en s’étant octroyer une nouvelle fonction, il avait échoué à la 1ère, celle pour laquelle il devait exister, et par ricochet, à la 2ème aussi. Mais sa fonction originelle lui avait été retiré comme ‘affaire classée’, et il avait la preuve flagrante que ce n’était pas le cas. Aucun suivi n’avait été effectué, ils allaient entendre parler de lui. Flell avait mal, profondément. Son cœur se comprimait. La souffrance et la tristesse le submergeaient. Mais il ne voulait en aucun cas subir les conséquences de son choix égoïste à elle. Il décida aussitôt de repousser sa frustration, les images et souvenirs la concernant et de tout enfermer dans un vieux coffre de bois. Il le cacha au tréfonds de son âme sous une couverture jacquard déjà poussiéreuse. Avec tout le courage du monde il se retourna, une fille de passage passait. Sans réfléchir, il lui attrapa la main et la baisa. La fille, d’abord surprise, se mit à rougir. Il n’hésita pas un instant et l’embrassa. C’était tellement doux, il savait qu’une nouvelle vie lui était promise. Un petit nuage se détacha du dos de l’inconnue et se perdit dans l’exosphère.

Loyel était prêt et déterminé. Devant lui, le bâtiment de production à l’ImAge s’étendait de toute sa hauteur, comme une forteresse étrange. Il vérifia le petit badge de réparateur qu’il s’était imprimé vite fait, et se lança crânement.
Le gardien à la porte ainsi que ceux à l’intérieur, le laissèrent passer avec un petit signe de tête. Arrivé dans un couloir calme, Loyel s’arrêta. Il était abasourdi de la facilité avec laquelle il était entré, uniquement parce qu’il l’avait fait de manière naturelle ! Il reprit son souffle, car malgré tout, l’émotion l’avait pris à la gorge. Il devait trouver un panneau d’accès au réseau. Mais il avait une envie d’uriner telle, qu’il ne pouvait plus réfléchir. Il s’enfonça plus loin dans le couloir calme et trouva au bout une plante, dans un léger renfoncement. Parfait. Il sortit son sexe et ferma les yeux [1111].
Au moment où il sentit que ça venait, une grande porte s’ouvrit sur sa gauche et déversa des centaines de personnes. Il se bloqua. Aucune, heureusement, ne tourna la tête vers lui. La sueur perlait sur son front, il n’en pouvait plus. Il lâcha donc la pression et commença à uriner quand la dernière personne s’éloignait. A sa grande surprise elle se retourna. Il n’eut pas même le réflexe de se cacher et l’homme lui lança :

-Vous pissez dans la plante ?

Loyel ne savait que faire. Il était pris en flagrande-élite, la queue à la main. L’homme s’approcha, Loyel avait la tête qui commençait à tourner. L’homme mit un doigt sur ses lèvres et laissa échapper doucement :

-Chuuuutt.

Loyel cligna deux fois des yeux écarquillés. L’homme continua :

-Ca m’arrive aussi. Quel pied !

Et il partit dans un coup de vent. Loyel était fou. Il réalisa qu’il pissait sur ses pieds. Une fois soulagé, il se rassembla à lui-même, essuya la sueur de son front et repris le fil de ses pensées : un panneau d’accès au réseau. Il partit arpenter les couloirs labyrinthiques du bâtiment.
Assez rapidement, il tomba sur un de ces panneaux. En effet, il ne vit pas une trappe ouverte dans un couloir sombre et s’affala sèchement dessus. L’épaule gauche endolori, il était tout de même content d’avoir atteint son 1er objectif. S’il arrivait à décoder le terminal, il pourrait facilement se repérer. Et cette étape était indispensable dans un bâtiment aussi vaste. Malgré tout, il était surpris du calme et de la fraîcheur de ces nombreux corridors, comme s’il déambulait dans une machine géante, sans la moindre présence humaine. Pourtant il savait, ne serait ce qu’à la suite de l’épisode du « pipi dans la plante », que des centaines de personnes travaillaient ici.
Il ouvrit le panneau et voulut cracher sur la folie de fils emmêlés qu’il renfermait. Tout étant électrique, il s’en abstint, non sans mal. Un petit écran devait être dissimulé dans cette serpentière. Il enfila ses gants isolants et se mit à fouiller. Il ne comprenait pas qu’à cette époque, des ingénieurs pouvaient concevoir un bordel pareil. La maintenance d’un tel système était impossible. Loyel se demanda alors si l’ImAge nécessitait une quelconque maintenance. Peut être que ce puzzle de câbles était justement indispensable à la création d’un système éternel et autorégulant. Ou peut être ce n’étaient que des leurres, pensa-t-il dans un élan paranoïaque. Au jour de cette réflexion, son entrée dans le bâtiment prit une autre teinte que celle de l’audace. L’avait-on volontairement laissé entrer ?
Il remballa tout son matériel, sortit de la trappe et chercha une cachette. Au dessus de lui, derrière des grilles, quelques tuyaux passaient dans de grandes cavités poussiéreuses. Il pourrait y tenir recroquevillé. Rapidement, il sortit son tournu et déplia un escandre. Il bondit dessus pour atteindre les grilles et leva le bras muni de son outil. Il pensa alors à la sécurité de l’escandre qu’il n’avait pas refermé. Après un grincement, il se retrouva au sol avec un gros mal de crâne. Il ne prit pas le temps de se maudire, activa la sécurité et grimpa de nouveau. Bras droit en l’air, il cherchait à dévisser le cadre. Il comprit que l’embout universel du tournu ne s’adaptait pas ! Il redescendit et fouilla dans son sac. Peut être qu’un bon vieux tournevis ferai l’affaire. Mais à première vue, non. Il essaya tout de même, en forçant, si bien que le bout ripa et lui griffa l’avant bras gauche. Par impuissance, il agrippa une grille et la secoua. Il se prit plein de poussière dans l’œil. Le rouge lui montait au front. Il avait passé un temps fou à tenter de se cacher, cependant personne n’était venu. Il se dit qu’il perdait son temps à vouloir grimper dans des grilles alors qu’il devait trouver un moniteur de contrôle dans une salade de câbles. Il rangea le tournevis et le tournu, et replia l’escandre. Il se jeta dans la trappe et souleva le panneau [1110].
J’espérai qu’il s’agissait d’un rêve ! pensa-t-il en retrouvant le tas de câbles. Il plongea ses mains dans la mélasse et farfouilla de nouveau. Sur sa droite, il vit ses gants isolants posés. Sa mâchoire inférieure descendit de quelques centimètres et après une belle étincelle LAAaaa !! il fut projeté en arrière et se heurta au bord de la trappe. Lourdement assommé, son esprit divagua

revenu à lui, il enfila les gants et se remit aussitôt au travail. Il trouva d’abord un sein en silicone. Il sut que des informaticiens avaient participés à l’installation. Puis un fameux sushi. Il l’aurait bien avalé, mais la crasse qui régnait ici le dissuada. Pendant un certain temps, il ne sentit plus que des câbles mou. Mais enfin, il attrapa, tout au fond, le moniteur. Ses deux bras étaient engloutis par la fosse et son visage plongé jusqu’aux oreilles. Il raidit son dos et tira de toutes ses forces. La serpentière le retenait, comme si elle refusait de lui céder le moniteur. Loyel se demanda encore une fois si les câbles n’étaient pas des leurres vivants, qui servaient de protection. Comme des gardiens électriques. Enervé, il revint à la réalité.
Il avait pris une décision risquée, car traîner ici n’était pas non plus une bonne idée. Il lâcha le moniteur. Il put ainsi se redresser et atteindre son sac. Il en sortit une faux nominale [1101]. Loyel espérait atteindre le moniteur en débroussaillant la forêt de câbles mais sans couper celui qui alimentait l’écran. Il décidait donc d’y aller au petit bonheur la chance. Il ne fit pas de cérémonie, ne prit aucun temps de prière et y alla de bon cœur. Les serpents volaient dans des gerbes d’étincelles magnifiques. Loyel se défoulait du stress accumulé mais retenait des hurlements extatiques. Il s’arrêta net en voyant le moniteur briller. Fébrile, il écarta les derniers câbles dans le passage, et prit le moniteur avec des pincettes. Un léger ‘buuzzz’ lui laissait espérer que l’alimentation n’avait pas été rompu. Il cliqua sur ON, rien ne se passa. Il retourna le moniteur, le câble d’alimentation y était tranché. Il laissa rouler une larme sur sa joue. Mais se sentant d’humeur créative, il ouvrit le boîtier, arracha le fil coupé et sortit son mp3. Il en brisa la coque et tira un câble qui semblait aller jusqu’à l’emplacement de la pile. Une fois dénudé, il entortilla les fins fils de cuivre avec ceux dépassant de l’arrière du moniteur. Malgré la situation, il trouvait cela drôle à faire. Un peu de gaffeur pour maintenir le tout en place et il cliqua de nouveau sur ON. Le moniteur s’alluma et hurla la musique de son lecteur moderne. Par réflexe, il arracha tout. Le moniteur se tut, l’image s’effaça. Il en avait marre. Il baissa le volume sur son lecteur et ré emmêla les fils cuivrés [1100]. Gaffeur, ON. Cette fois rien ne se passa ! Incrédulité. Il vérifia le câblage et désespéra de l’écran éteint. Il laissa tout tomber dans la fosse et resta ainsi, les yeux dans le vide.
Il finit par se relever et refermer la trappe. Aucune trace de son passage n’était visible de l’extérieur. Il reprit sa marche dans le couloir, les bras ballants et les pieds traînants. Il s’en moquait maintenant. De temps en temps, il griffait la moquette murale avec ses ongles. Son majeur se prit dans une rainure, ce qui eut pour effet d’ouvrir un panneau encastré. Ce n’est qu’une fois au bout de cette allée, quand il tourna, qu’il l’aperçu au coin de son champ de vision. Il continua malgré tout. Après quelques pas, il s’arrêta et revint en arrière, sans conviction.
Loyel découvrit alors, enfoncé dans le mur, un moniteur accessible et même allumé. Il ne comprit pas qu’il avait eu un coup de chance et reprit son chemin. Quand il atteint l’étage supérieur, l’information atteint son cortex préfrontal. Il stoppa et partit en courant, plein d’espoir.
Arrivé dans le couloir, le panneau était refermé. Il s’approcha, les yeux clignotants, la main tendue. Il fit pivoter la porte d’un coup [1011]. Le moniteur était toujours là, mais éteint. Il clignota, en tremblant, sur ON. Le boîtier s’illumina. Quelqu’un était donc passé l’éteindre et refermer le panneau. Ils devaient savoir qu’il était là. Il repoussa mentalement la menace, et sortit son boîtier navigateur Dièce. Une fois relié, il pouvait s’orienter comme un enfant. Il découvrit que ce qu’il cherchait se situait au dernier niveau. Dans l’unique pièce qui le constituait. Son 2ème objectif était atteint.
Il grimpa donc les escandriers, en prenant soin d’éviter les élévateurs, sûrement plus fréquentés. Il dut attendre quelques instants à un pallier, après avoir entendu une porte s’ouvrir. Mais il ne vit personne, ce qui amplifia son impression de voyager dans le corps d’une machine géante. Moi, j’ai une machine géante. Ainsi il atteint prestement le 45ème niveau. Il en fut contrarier car il cherchait à atteindre le 46ème [1010]! Décidément, chaque cloison qui semblait le rapprocher du but était une illusion et une fois tombée, elle en révélait de nouvelles. Il devrait maintenant arpenter l’étage 45, qui était peut être et sûrement se dit-il, une folie de labyrinthe, afin de trouver une issue vers le 46, s’il en existait une. Loyel craignait de rencontrer alors un employé suspicieux et d’être définitivement repéré. Afin de se sentir invisible et furtif, il enfila une cagoule-particulière. C’était son nom, mais elle n’avait rien de spécial. Il sortit aussi un radar à ondes, afin d’anticiper les mouvements des employés éventuels. Loyel voulait rester prudent jusqu’au bout, mais il n’en pouvait plus, l’impatience le rongeait.
Il s’approcha donc de la porte du 45 et l’entrouvrit : personne à priori. Il ne voyait cependant qu’une paroi de moquette murale sombre [1001]. Il entra à pas feutrés, car il avait installé des feutres de couleur sur le côté de ses souliers. A gauche, le passage était obstrué, il s’engagea donc sur sa droite. Le chemin était arrondi et se perdait plus loin à gauche, après une longue courbe. Il ne remarqua aucun bruit trahissant une présence humaine. Quelque peu rassuré, il accéléra l’allure jusqu’au bout de l’allée. Après un virage, le chemin s’étendait encore sur sa gauche. Il n’y avait toujours pas de bureau, ni de décoration, seulement de la moquette sombre, du sol au plafond. Il continua ainsi son petit bonhomme de chemin, en empruntant un nouveau virage à gauche, et comprit alors qu’il se trouvait dans un couloir en spiral [1000].
Si quelqu’un arrivait du centre, il ne pourrait l’éviter qu’en effectuant le parcours inverse et tout recommencer. Evidement, une femme en tailleur se présenta sans faire le moindre bruit. Il s’immobilisa après un léger sursaut du à la surprise. C’est à cet instant précis qu’il regretta amèrement d’avoir enfilé sa cagoule-particulière. Comment ne pas être automatiquement repéré ! Elle le dévisagea et fit un signe négatif de la tête en lâchant effrontément mais discrètement un « pfff » de mépris. Il n’en fut même pas blessé, tant le soulagement fut doux de la voir disparaître. Il atteint ainsi le milieu de la spirale [111]. Y trônait un majestueux escandrier première période, baigné par la lumière blanche qui parvenait du dernier étage. Loyel perdit un peu la tête et monta 5 à 5 les merches. Il ne vit rien au début, à cause de la clarté de l’immense pièce. Mais petit à petit, ses yeux s’habituèrent. C’était sûrement le 46ème niveau. Il était vide, et immense. A gauche et à droite se présentaient deux gigantesques baies vitrées, à travers lesquelles la lumière extérieure était filtrée et devenait douce et diffuse. Ainsi la pièce semblait toute blanche. On [110] apercevait cependant le toit des bâtiments de la ville, comme la collection de boîtes d’allumettes d’un fou. En face, l’ImAge animait toute la surface du mur.
L’illusion de réalité était parfaite, ce qui valida instantanément les hypothèses de Loyel. Il se souvint d’ailleurs du moment où il avait senti la fin de toute cette intense réflexion. Sous l’impulsion de son cerveau, mais venant du cœur et remontant le long de [101] ses épaules par fourmillements, l’euphorie l’avait envahit. Il avait trouvé.
A présent, submergé par cette imposante ImAge originelle, il connaissait la solution. Effectivement, du centre de la salle, jaillissait un levier ; c’est ce qu’il cherchait. Les instructions finement [100] gravées dans le sol étaient simples, comme celles des moniteurs : ON-OFF.
Il s’approcha du levier en regardant l’ImAge, et découvrit avec surprise le gros plan de l’homme qu’il avait déjà aperçu lors de ses expériences de cadres. Même [11] si c’était une fiction, la tristesse emprunte d’amertume sur le visage du personnage, lui firent monter les larmes aux yeux.
Mais [10] pour Loyel, la solution c’est de mettre fin à la fiction. Il abaissa le levier. Flell [01] disparu.

La matrice se désactive [0].

Plus aucune information n’est transmise à la matrice, l’Im..Ag.e… s . e…

d…i………s……..…/#…….

…*………s..…*
..o…/*
.
$…#……u………

..
/#$

***
…d……….
1

*
…..

0

..

.

 
 
 
 

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