Jukin huit, sur la corde raide

08. Ce matin, Jukin a voulu sauter de sa fenêtre.

L’idée de faire un joli bond dans l’herbe verte et dense en contre bas le stimulait de plaisir physique. Seulement voilà, le vertige ça ne s’explique pas. Une fois sur le rebord en pierre, la tête lui tournait invraisemblablement. Plus question de rigoler. Il descendit donc au rez-de-chaussée et se laissa tomber de la lucarne basse et ronde du séjour. L’herbe était plus plate et jaune à cet endroit du jardin. Il n’eut pas le plaisir escompté au contact de la nature. Que ce soit en vol, à travers l’air, ou au sol, sur le gazon. Mais déjà à cette hauteur peu élevée, il eut des frissons gzigzou tout le long de son système nerveux. Ce serait donc un devoir pour lui maintenant de réussir le grand saut.

Il remonta au grenier et s’approcha de la fenêtre. Mon dieu, comme c’était haut. Trop crispé, il alla soulever une épaisse couverture rouge au fond du grenier pour y découvrir un coffre. Il en souleva le couvercle, une boîte sombre reposait à l’intérieur. Par un geste très précis, comme venant d’un rituel ancestral, il la prit lentement. Une fois déposée sur une petite table haute, il fit tourner le fermoir en or qui brillait sur la surface laquée de la boîte.

Il l’ouvrit et contempla un instant le pistolet qu’elle renfermait. Trapu, fait d’un métal noir élimé, il se saisit de la crosse recourbée et plaça 3 balles dans le barillet, ça devrait suffire. Il fit volte face violement et tira 3 coups successifs dans 3 directions du plafond. Les balles se logèrent dans le plastique dur, parmi d’innombrables autres balles. Tout comme la fumée disparaissait au bout du canon de l’arme, la crispation refluait de Jukin. Dans la même atmosphère sereine qu’à l’aller, il rangea l’arme et replaça la couverture.

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