Jukin 5

05. Ce matin, Jukin a trouvé un cadavre de coccinelle.

Il était en train de peindre ses volets et en attaquant une nouvelle fenêtre, il l’a découvert sur le rebord. Il était là. Immobile. Ses petits yeux sans expression le dévisageaient. Jukin, ça lui a fait un coup. Comme un poignard de glace dans le cœur. Tellement attristé, il décida de ramener la coccinelle chez lui. Il alla déchirer un petit bout de papier journal qu’il plia en deux comme une rigole. Ha ! ha ! Il la plaça devant l’animal et emprunt de toute la délicatesse du monde rassemblé, il la fit glisser dessus avec le bout de l’ongle. Les yeux exorbités de concentration, il ramena son petit trésor jusqu’à la table de chevet.

Soulagé qu’il n’y ait eu aucun incident, il s’étendit quelques minutes sur son lit pour se détendre. Remis de ses émotions, il fabriqua un mini coussin en velours vert pour lui rappeler les vertes plaines ainsi qu’un socle miniature en acajou pour l’y sublimer. Il ajouta 4 fines bougies rouges et deux rameaux de laurier. Il se mis en apnée et déposa le petit corps sur son coussin. Il eu un frisson car la scène était réellement poignante une fois les bougies allumées. Il alla chercher une goutte d’eau au bout d’une aiguille et la glissa entre les mandibules de la coccinelle. Elle fût absorbée rapidement. Jukin n’y croyait pas vraiment, mais il se dit qu’avec 1000 précautions quotidiennes et tout son amour, peut être que… quelque chose pouvait… enfin que tout n’était peut être pas…

Son repas terminé, il amena dans sa chambre les minuscules bouts de viande qu’il avait découpés méticuleusement et gardés sur le rebord de son assiette. A l’aide d’un cure dent, il plaçait la viande devant les crochets de la coccinelle, puis avec une pince à épiler, il en actionnait les mandibules qui sectionnaient d’infimes particules de nourriture et les ingérait. Il se dit que son imagination lui jouait des tours, mais il lui semblait qu’elle était déjà plus rouge.

Il était agenouillé dans le jardin en train de rassembler un peu de terre humide quand le drame éclata. ‘’ Cui ! cui ! ‘’ Un oiseau était entré dans la maison ! Terrifié, Jukin se leva d’un bond, forma une boule avec la terre dans sa main et la balança par-dessus le toit. Au moment où il pénétrait la maison, il reconnu le splotch typique d’une boule de terre qui s’écrase dans l’œil d’une petite fille. Dans la chambre, c’était l’enfer. Son autel était sans dessus dessous : l’unique bougie restant sur la table de chevet était renversée et brûlait le laurier. Le socle acajou était brisé en 1200 fragments et le coussin introuvable ! Ses yeux s’affolaient dans tous les sens quand un ‘’cui ! ‘’ dans son dos l’alerta. Il fonça en direction de la cuisine et y trouva l’oiseau de malheur.
Complètement rageux, Jukin fondit sur lui. L’oiseau eu tout juste le temps de déglutir qu’une main ferme se resserrait sur son cou. Il fût traîné dehors et approché d’un mur. L’homme le tenait par la tête, le cou toujours serré. Il gigotait comme un condamné, alors Jukin s’empressa de lui assener un coup de poing violent dans le corps. L’animal cessa aussitôt de bouger. Mais ça ne lui suffisait pas. Alors il lui remit un gros coup, et un autre, et encore un. Le corps de l’oiseau était de plus en plus plat. Ca résonnait sourd dans le mur. Au final, tout l’intérieur de l’animal était à l’extérieur. Il jeta tout ça dans la benne et comme cela arrive souvent, c’est à l’endroit le plus improbable et le plus évident qu’il découvrit son trésor : sur son propre oreiller !

Il réinstalla précautionneusement son autel et en y plaçant le coussin de velours, il remarqua un changement inquiétant : sa coccinelle avait blanchi. Il se précipita en cuisine lui chercher une goutte d’eau, mais ce qu’il découvrit en retournant au chevet le mortifia et lui ôta tout espoir.
Il ne pouvait désormais que se raccrocher à son souvenir, pour imaginer sa coccinelle à la place de la boule blanchâtre qui l’avait remplacée. Son cœur était serré dans sa poitrine, quand la boule se mis à vibrer. L’enveloppe émettait une légère lumière ainsi qu’un craquement. Jukin était paralysé de fascination. L’intensité de la lumière augmenta soudainement en même temps que celle du son. Et avant d’atteindre un seuil critique douloureux, la boule se brisa. Une fumée sombre s’en échappait. Il ne distinguait pas grand-chose, pourtant il fût attiré par une traînée rouge. Il la suivit des yeux un moment et pu finalement l’identifier : un papillon rouge à points noirs ! Il ne fit pas tout de suite le rapprochement, mais suivi l’insecte qui virevoltait vers l’extérieur. C’était un papillon splendide, aux dimensions impressionnantes. Le rouge de ses ailes scintillait de 1000 feux dans la clarté du jour. Il se tourna vers Jukin et vola autour de sa tête. Il en retrouva le sourire. Il cru même le voir faire un clin d’œil avant de passer le mur du fond pour rejoindre les gens dans la rue. Le spectacle était magistral, des centaines de personnes passaient la tête par la fenêtre où rejoignaient les autres dans la rue afin d’en profiter. Ils étaient tous tellement émerveillés qu’ils ne purent s’empêcher d’applaudir. Pour les remercier, le papillon effectua une jolie pirouette avant de disparaître dans le ciel. C’est à l’instant où il rentrait chez lui, la tête basse, que Jukin compris. Au fond, c’est lui qu’ils avaient applaudi.

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