Jukin 11, première partie de la duologie de la rage

11. Ce matin, Jukin est fou de RAGE.

Vous savez, ce nouveau groupe de blardcore monté par les 3 jeunes qui habitent la maison d’à côté. Il les a découvert en concert et comme on dit dans ces cas là : ce fût la claque. A la fin du set, il s’est jeté sur leur cd démo. Maintenant, il tourne en boucle à fond chez lui. Une telle énergie se dégage de leur son, qu’il n’a pas encore dormi depuis le concert. Leurs compositions ont cette profondeur mystérieuse qui le fait planer dans la magie des étoiles. Jukin s’acheta une sono à un prix exorbitant. Il avait besoin de cela pour mettre le son fort et garder une super qualité.

Heureusement d’ailleurs que l’on sonna à sa porte avant qu’il n’active son nouveau système. Jukin ouvrit à deux jeunes souriants. Le blond lui dit : « Bonjour, nous sommes vos voisins. On est désolé de venir pour ça, mais en fait, on est dérangé par la musique. » Il réalisa alors que c’étaient deux membres des Rage. Déjà la sueur recouvrait ses mains tremblantes. Il bavait de la mousse. « C’est gentil d’écouter notre musique » continua le plus petit « mais c’est trop fort, ça nous empêche de répéter. » Jukin commença à ouvrir la bouche : « Oh, je … » et la mousse coula sur son t-shirt du groupe. Totalement confus, il rougi jusqu’à en devenir violacé. « Ce n’est rien Monsieur » le rassura le blond. « Si vous pouviez simplement baisser la musique ». Jukin acquiesça maladroitement de la tête et leur claqua la porte au nez.

De retour dans le séjour/local de répétition, les membres de Rage constatèrent le silence, enfin. Ils étaient tout de même étonnés que ce type ne puisse jamais se lasser d’écouter leur son en boucle, 24h/24. Quelques craquements d’enceinte leur parvinrent, ils se regardèrent. Soudain une vague de guitares saturées les submergea. Le volume était encore plus fort. Visiblement, ce gars n’avait pas bien compris. Ils devinèrent alors plus qu’ils n’entendirent la sonnette de leur maison. Leur voisin, cette fois vert de gêne, mais toujours de la mousse autour de la bouche, leur tendit un gâteau. Indéniablement il sentait bon, sûrement fait maison. Ils ne pouvaient s’empêcher tous les 3 d’être attendri et le firent entrer.
Jukin déposa le plat sur une table mais se prit le pied dans sa manche. Il perdit l’équilibre, traversa la pièce en sautillant et alla valdinguer dans la batterie qui se cassa en deux dans un fracas assourdissant. Il se releva aussitôt et voulu remettre les restes de la batterie debout, comme pour la réparer. Ses bras bloqués par des câbles, il bascula encore. La guitare et la basse en firent immédiatement les frais sous les yeux complètement ahuris des Rage. Ils restèrent figés, bouche grande ouverte fac à Jukin, devenu translucide, qui quitta la pièce en emportant son gâteau. Arrivé chez lui, il n’en croyait pas ses yeux. Il était totalement mortifié. Il alla à son coffre fort et en sorti sa grosse tirelire cochon.

Les Rage étaient catastrophés jusqu’à ce qu’ils entendent leur musique raisonner dans toute la rue ! Ils se précipitèrent au dehors et découvrirent tout un matériel sonore installé sur les toits, en haut des poteaux électriques, dans les buissons. Les gens à leurs fenêtres ou dans la rue n’avaient pas du tout l’air content.
Une limousine noire débarqua. Un homme massif aux cheveux gris, portant un costume sur mesure un peu ringard en sorti et se dirigea droit sur le groupe. « Bonjour messieurs. Je suis désolé de venir pour cela, mais en tant que maire, voici un document d’extradition de la ville. Les plaintes à l’encontre de votre groupe s’amoncèlent sur mon bureau, j’étais contraint de prendre cette décision. D’autant que j’aime beaucoup la profondeur de vos compositions. Mais ce soir, vous n’êtes plus là. » Sur ce, il tourna les talons et disparu dans la limousine qui démarra aussitôt. Ils étaient tétanisés.
Une limousine noire réapparut. Mais cette fois un jeune homme aux cheveux coupés à la militaire, en costume classe, sorti et s’approcha. « Je suis SuperMiky, producteur du label BLrecord. » Ils ne s’attendaient pas du tout à cela. C’était le nec plus ultra en distribution blardcore, ce qu’ils pouvaient rêver de mieux. « J’adore votre son et j’aimerai vous signer, étant donné que vous habitez la ville. » « Euh, comment ça parce qu’on habite la ville ? » avança timidement le blond. « Oui, on ne signe qu’à des résidents, notre règle d’or afin de créer une émulation entre les groupes, un élan musical qui assure notre futur. » Les 3 membres se regardèrent. Ils étaient fous de rage.

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