Jukin 12, suite et fin de la duologie de la rage

12. Ce matin, Jukin a mal au ventre.

Il sentait quelque chose de très dur au fond de lui. En toute logique, il alla aux toilettes pour s’en débarrasser. Un petit pas de danse rituel devant la cuvette avant de baisser son pantalon, mais il ne le sentait pas du tout. Il s’assit et frissonna au contact froid de la faïence. Ce qui eut pour effet désagréable de le contracter d’avantage. Vraiment, tous les signes étaient négatifs. Il commença d’abord par essayer de ne pas y penser. Laissant la nature faire son orifice, en pensant à des cascades d’eau, des éruptions volcaniques, des geysers islandais. N’importe quoi au hasard de la nature, afin de distraire son esprit, de se détacher de son corps, de se détendre et peut être de détendre cela. Mais ses sensations internes l’informaient d’un immobilisme complet. Il se dit d’ailleurs que ce qu’il avait à offrir au monde n’était pas naturel, donc cette méthode ne devait pas être indiquée.

Evidement encore plus agacé, il enclencha la méthode du poussé. Doucement, il ne voulait pas se blesser. Son esprit était perplexe face à ces sensations étranges, nouvelles, inconnues. Il sentait un mouvement mais en bloc, comme-ci tout bougeait avec. Toujours énervé, il fini par effectuer une grosse poussée. Il s’arrêta aussitôt car il cru s’être tout arraché. La douleur s’entendit à l’abdomen en son entier. Paradoxalement, il fut soulagé de ne rien trouver au fond de la cuvette.

Rassuré, l’exaspération repris le dessus, alors il réfléchit à un stratagème. En prenant un peu de papier toilette, il espérait déclencher le processus évacuateur, par habitude physiologique. Cela se révéla une très bonne idée. Aucunement pour se débarrasser de son solide, mais afin de comprendre ce qui lui arrivait. En effet, le long du rouleau, il découvrit un message des membres du groupe de musique Rage. Ses voisins il fût un temps, qui avaient été expulsé par malchance de la ville. Déprimé car il était leur plus grand fan, Jukin était aussi très fiers du pouvoir de leur subversion. En tout cas, il s’agissait d’une vengeance. Il devina que le groupe, déçu de son sort s’en était pris au symbole de leur réussite passée : leur fan n°1. Il ne leur en voulait même pas.
Le message avait été perversement dissimulé dans l’objet même qu’il ne devait plus jamais utiliser. C’était un empoisonnement constipant au ciment. Heureusement, il lui restait du contre ciment dans son atelier. Faire ses besoins grâce à du contre ciment était saugrenue, mais le faire dans sa cabane au fond du jardin le ramenait simplement à un passé lointain. Il trouva aussitôt la bouteille en question et n’attendit pas pour prendre une bonne rasade. Tout son tube digestif s’enflamma et des larmes de feu roulèrent le long de ses joues. Wouaw. Etant donné la puissance du liquide, ça devrait couler tout seul.

Il attendit un instant. Une sensation de corrosion généralisée le parcourait, mais rien ne bougeait. En manipulant la bouteille, il comprit : le produit était périmé depuis l’Egypte ancienne. Son principe actif était foutu et il n’en avait pas de plus récent. Impossible de se déplacer jusqu’au magasin maintenant. Il farfouilla les produits sur son établi. De l’huile de moteur. Il eut une idée. Allongé au sol les jambes écartées, le pantalon en bas des pieds, il s’introduisit un entonnoir et y versa une bonne dose d’huile. Il termina la bouteille à la bouche. Il se redressa sur les coudes et releva les jambes. Il sentait l’huile couler. Celle provenant de l’entonnoir rejoignait celle venant de la bouche. Il était prêt pour l’expulsion.
Il se redressa d’avantage, aspira profondément et poussa d’un coup. Le bloc bougea. Mais à peine. La peau de son front était déjà toute poisseuse. Il poussa de nouveau, très fort. Le ciment s’ébranla. Il était lourd, il était énorme. S’il relâchait sa poussée, il n’y arriverait pas. Alors il ramassa un tasseau de bois et le serra de toutes ses molaires. Il poussa, il poussa. Le bloc arrivait à la surface. Il continua de poussa jusqu’au coucher du soleil. Et quand les dernières lueurs disparurent, Jukin hurla et le bloc sorti. Il eut l’impression d’être arraché de l’intérieur. Devant lui, un bloc de ciment gigantesque. Il ne comprenait ni comment il avait survécu avec ça dans le ventre, ni comment il avait réussi à le faire sortir. Mais après les efforts demandés, il décida de rassembler le reste de son courage et nettoya le bloc. Tout sentait la rose, alors il sculpta un buste à l’effigie des membres du groupe Rage.

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