Jukin 19, c’est emotionnel

19. Ce matin, Jukin a un ami indien.

L’envie de manger une pomme fraîche du marché l’avait réveillé tôt. Sans doute un rêve délicieux dans lequel le croquant juteux du fruit défendu était irrésistible. De bonne humeur, il rejoignit donc les étalages colorés, submergés du brouhaha léger de nombreux visiteurs décontractés. Déambuler de la sorte lui était plutôt agréable, mais il ne prenait jamais le temps de le faire.

Alors il en profita. Ce qui lui apparu le plus évident au 1er coup d’œil, c’était tous ces petits objets clignotants de couleur. Apparemment les gens en étaient friands, alors il s’en vendait même au milieu de la charcuterie. Jukin adorait les coins du marché où on ne distinguait même plus ce qui était à vendre, de ce qui ne l’était pas. D’ailleurs en marchandant correctement, tout était pratiquement à vendre. Il réussit ainsi à acquérir les tréteaux d’un étalage qui finit par terre. Puis revendit ces mêmes tréteaux en réalisant une petite marge. Ce pécule en poche, il sentit que c’était le moment d’aller acheter sa pomme.

Il traversa encore des stands parfumés, recouverts de fripes collantes, de viandes noircies par les mouches mais aussi de jouets chatoyants, de sucreries luisantes de gourmandise. Le slalom tranquille dans la foule bigarrée et vaporeuse s’acheva à un primeur qui semblait propre. Son regard s’arrêta sur une pomme totalement rouge recouverte de fines veines noires : c’était celle de son rêve.
Il l’attrapa aussitôt, en même temps qu’un homme à sa droite. Leurs mains tirèrent toutes les deux avec la même force et ils se regardèrent. Se répondant d’un grand sourire, ils tirèrent de nouveau. Les yeux noirs de l’homme avaient un éclat joyeux, Jukin n’avait pas peur. Il devait d’ailleurs lui renvoyer la même impression quand l’homme lui lança : « c’est la pomme de mon rêve. » Jukin se saisit un instant, l’homme en profita. Dans le même mouvement il paya le fruit et commença à partir lentement à reculons. Remis de la surprise, Jukin se rapprocha de lui et lui répondit : « j’ai fait le même rêve. » Pendant que l’homme réfléchissait, Jukin l’étudia. Il avait le type indien : peau mate, moustache noire épaisse, aura mystérieuse. Mais plus étrange, l’homme portait le costume typique des indiens d’Amérique.

Quand ce dernier réalisa ce qui se passait, il invita Jukin à le suivre. Confiant, il emboîta le pas. L’indien s’immobilisa devant le stand d’un coutelier et s’offrit un petit canif de voyage. L’homme ouvrit le couteau d’un geste vif et le regarda droit dans les yeux. Les évènements devenaient quelque peu inquiétants, mais il gardait sa décontraction. L’indien posa alors la pomme entre les omoplates de Jukin et la trancha en son milieu. La lame pressée un instant dans le dos le chatouilla.
L’indien lui tendit une moitié en ajoutant : « je m’appelle Moufid ». Jukin l’accepta et se présenta à son tour. Puis il lui sourit et lui balança un coup de pied dans le genou. L’indien se rua à terre en se tenant l’articulation. Il rit fort avant de se relever et fit mine de dépasser Jukin. C’est alors qu’il lui assena un violent coup de coude au coccyx. La fulgurance de l’impact l’emporta au sol. Il ne sentit plus ses jambes pendant un instant. Quand il retrouva ses moyens, il rit très fort et partit en courant. Moufid le suivait. Au passage, ils renversaient des marchandises aussi bien que des gens et disparaissaient dans le décale de stands.
Essoufflés, ils se réfugièrent dans une ruelle proche. De là, ils décidèrent de lancer de grandes bombes à air parmi la foule. Plus les gens sursautaient, plus ils riaient. Finalement, ils se promenèrent lentement, se moquant souvent des exposants saoulés par le soleil de toute une journée. Juste quand les derniers étales se rangeaient, Moufid s’arrêta devant Jukin et le regarda droit dans les yeux. Ils se sourirent tristement. Jukin comprenait que son ami partait et qu’il ne le reverrait pas. Il ne put se résoudre à quitter la place du marché, maintenant vide, avant que le service de nettoyage ne l’expulse gentiment. Il repoussait le moment où il devait rentrer chez lui. Car pendant un instant, il n’avait plus été seul.

(prochain jukin le 26 octobre)

8 réponses à “Jukin 19, c’est emotionnel

  1. sachez qu'il n'existe à ce jour aucun cliché de Jukin
    (certains se demandent s'il existe vraiment)
    cependant, il doit être possible de dédicacer autre chose,
    selon votre convenance monsieur le terroriste

  2. Serait-il possible d'avoir une photo dédicassée de Jukin? Sans quoi, je me suicide sur le champ! Et si vous osez me rétorquer que vous ne négociez pas avec les terroristes, ben j'me suicide!

  3. salut bah moi je trouve ça triste, au moins quand tu ne sais pas ce que tu loupes ça ne te manques pas, là il est dans la merde maintenant jukin, fallait pas avoir un ami !

  4. suzanne c'est le prénom de mes rêves, internet est un bon assouvissement, en réalité je m'appelle hum..marion Ahhh mais chut ahh mais fallait pas le dire bordel alooors noooooon dit :

    Troublant ce Jukin .

    voilà t'es content maintenant

    je sais pas vraiment lire, heureusement qu'il y a les images quand même.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *