La suite de Zouille

ZOUILLE 2, une goutte sèche

 
C’est le petit matin ; brun.
Venant du sol la bas, j’entends un ruisseau qui gaZOUILLE ; argent.
Par la force du temps, ce léger filet d’eau a creusé la terre en son bord ; ocre.
Comme une ride glacée sur le visage du MONDE ; émeraude.
Plus près, l’eau a ralenti son cours pour former une marre ; noir.
J’y puise en permanence une humidité vitale ; pourpre.

Figé dans la terre et las de cette situation,
je m’étire au maximum vers le ciel afin de…

 

La voilà.
Il m’est toujours difficile de la distinguer immédiatement, tant ses mouvements fusionnent avec l’environnement.
Un silence l’entoure en permanence.
Les uns sont muets de crainte, d’autres de respect, les derniers sont les victimes qu’elle laisse sur son chemin.

Le petite fille noire aux cheveux tressés glisse ses mains fines et sombres sous la surface de l’eau.
Un repli miroitant se développe.
Ses lèvres viennent effleurer la surface de la marre contenue dans ses mains. Elle en aspire imperceptiblement le liquide rafraîchissant. Cette aura insonore constitue une précaution indispensable pour elle. La jeune chasseresse est aussi une proie recherchée.

Crac. Une brindille a cédé.
Quelques traits se dessinent dans l’air, elle s’est mise à couvert.
L’eau de ses mains retombe sur la terre.
Tout contre MOI, Zouille retient son souffle.
La pression sanguine augmente, le sang s’appauvrie en oxygène.
Son coeur bat déjà plus rapidement.
La vibration me traverse et fait vaciller les toutes petites feuilles mortes à mon sommet.
Son regard se pose alors sur une belette à la toison gluante.
L’animal fouille la terre de ses griffes et s’immobilise. Tout l’oeil de la nature l’observe.
Intimidée, la bête fait le dos rond et une larme roule de sa petite pupille noire.
L’alerte est passée. Même la végétation se remet à respirer.
La belette reprend son activité en silence.

Une fois abreuvée, Zouille fait pivoter sa tête selon une ellipse parfaite.
Aucune menace n’est visible.
Une étincelle dans son regard impénétrable, elle analyse et enregistre cet emplacement.
Elle y ressent un apaisement, comme une parenthèse de soulagement.
Ici la nature ne lui semble plus une lutte perpetuelle, mais au contraire le lieu du repos.
Et ce vert intense qui l’entoure l’obsède. Ce n’est même plus une couleur, mais une pensée en matière. Les formes et les textures de la végétation fondent et fusionnent dans ce vert.
Zouille est étourdie par ces sensations qu’elle a déjà rencontré, mais toujours refoulé jusque là.
La tête lui tourne, elle ferme les yeux.
Elle se retrouve projeté contre MOI, son épaule craque.

Un grizzli des montagnes a surgi. La lutte s’annonce inégale. Zouille, tombée au sol, ne bouge plus, le choc a été violent.

L’ours se redresse et jette un regard mauvais tout autour de lui. La nature est figée de surprise et d’effroi. Zouille gémit et tremble légèrement.

Alors le monstre rugit et se tourne vers elle.

Les animaux se rapprochent sans oser intervenir.
Même les herbes se redressent. Un cercle de faune et de flore s’est formé, respectueux du duel inéluctable. Comme une loi de la nature. Zouille est à genoux maintenant. Le grizzli lance une patte mortelle, elle roule sur le côté.

Son souffle est court, mais l’esquive efficace. La bête perd l’équilibre, emportée par son élan. Zouille en profite et le frappe violement à la nuque. Tout le monde retient son souffle. Le monstre a mis genoux à terre, mais se retourne aussitôt. La fillette ne peut que battre en retraite, le grizzli est totalement déchaîné. Elle ne peut rien faire face à cette puissance géante. Elle recule, elle recule et fini par s’adosser à MOI. Je la sens vibrer de terreur, son cœur est totalement emballé. Je ne peux rien faire dans cette situation. A chaque pas de la masse géante, l’univers proche est ébranlé. Mes feuilles les plus fragiles tombent. Zouille va être écrasée.

Je voudrai empêcher cela. Et malgré les lois habituelles de la nature, un consensus encore plus fort monte en moi. Toutes les entités, végétales, animales, minérales m’apportent leur force et leur volonté. Une décision révolutionnaire est prise. Tandis que le grizzli va atteindre son but, une fine branche se courbe et enroule le corps de la fillette. Surprise mais rassurée, elle se laisse faire. Mon tronc pivote sur lui-même pour la mettre à l’abri. Aussitôt, la plus grosse de mes branches tombe à pic où reposait encore la fillette.

Le monstre est emporté par son élan, et avant de pouvoir modifier sa course, ma branche se brise en fendant son crâne en deux. Il s’abat sur le sol, dans un grand fracas, mort sur le coup. Ma branche, cassée, gît à côté de lui. Les feuilles soulevées retombent lentement. Zouille qui a été projeté au sol, saigne du genou. La sève de ma branche brisée se mêle au liquide sombre qui se répand autour du grizzli des montagnes. Ce spectacle m’écoeure. La nature soulagée semble meurtris. Zouille qui a soigné sa plaie est déjà debout. Son regard est reconnaissant, mais elle part immédiatement. Sûrement s’isoler afin de soigner ses plaies mentales. Je suis encore étourdi par l’action. Le mouvement m’a empêché de penser aux conséquences. Et pourtant j’ai agit comme j’estimais nécessaire. J’ai bougé et je l’ai sauvée. Ai-je bien fait ? Je n’en sais rien, je ne suis qu’un arbre.

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