De la colle dans ma tête

mentale

Allongé.
Mes jambes sont encore prises. Le temps d’attraper mon genou gauche pour le tirer de là, la masse gélatineuse a une fois de plus eu le temps d’absorber mes épaules. J’essaie de me dégager. La sueur ruisselle sur tout mon corps. Je pue. Et cette chose à la constitution incolore et inodore est pourtant sale et écoeurante. Je m’agite frénétiquement, mais je suis toujours pris jusqu’à la taille. Je m’étire et agrippe la paroi. J’y laisse des bouts de peau. La masse semble gémir de plaisir. Mais surtout, elle s’est multipliée. Appuyé sur les coudes je tends mon cou pour découvrir qu’un long filin orange brille depuis la chose insondable jusque dans l’obscurité des profondeurs. La frayeur me gagne. J’y devine une nouvelle forme identique !
Mes coudes glissent tous les 2, l’arrière de ma tête heurte violement le sol froid et dur. Je la sens ramper sur ma peau et caresser mes aisselles. A moitié inconscient, je crache. Les 2 masses m’entourent maintenant. Je me redresse et m’extirpe lentement de la 1ère en gardant les yeux rivés sur la 2nd. La ventouse n’est pas si puissante, mais elle est implacable. Ma volonté se fissure car je ne peux me relâcher, me laisser aller au repos un seul instant.
Tout serait perdu.

Debout, mes pieds sont encore bloqués. J’en sors un, et tandis que je tire sur l’autre, la masse clone s’est déjà emparée du 1er. Je suis épuisé. Elles tirent chacune dans des directions opposées, et à l’unisson. Mon équilibre précaire vacille. Ma joue droite vient se racler sur la paroi et je finis au sol. Malgré la faible lumière, j’ai aperçu de très près le matériau du mur. C’est une sorte d’éponge noire rêche et dure comme du diamant. Mon visage est meurtris et je suis ensevelis une nouvelle fois jusqu’aux épaules. J’agite les bras et repousse quelque peu le monstre. Chacune de ces entités tire dans une direction, je suis vrillé au niveau du bassin. Je m’appuis sur mes bras et extirpe mon torse. Ma main droite est libérée, mais la masse fait glisser la gauche à l’opposé. Ecartelé, mes hanches se dévissent, dans un bruit sourd, je tombe sur le dos.
Mon souffle m’échappe.
La vapeur d’eau ainsi libérée remonte à la surface dans un faible rayon de lumière. La nuque collée au sol, je découvre alors un autre filin orange venant de ma poitrine et s’étirant au dessus de ma tête dans un rare trou du plafond.
3. Ils sont donc 3 informes.
Abasourdi, je reste immobile, sentant le vide m’envahir depuis les pieds jusqu’aux clavicules.
Cette fois ma volonté a cédé.
Pendant un instant, je m’imagine enseveli totalement, m’abandonnant au froid.
Je ne pourrai résister indéfiniment, alors à quoi bon ?
Mais comme toujours, une ressource insoupçonnée me soulève.
Mon corps se tend de tous ses muscles et commence à repousser les choses.
Des spasmes violents me prennent, un moment elles sont effrayées.
Je me libère complètement et me relève. Je fais quelques pas pour m’en éloigner et m’arrête devant la paroi. Je m’y appuie de la main gauche pour reprendre mon souffle. Le contact de cette roche froide est extrêmement désagréable. La moindre aspérité accroche ma peau et la meurtris.
Mais déjà je dois me déplacer, elles se rapprochent. Lentement. Infiniment.
Je ne saurai jamais si c’est parce que ma vue s’est accoutumée à l’obscurité que je le découvris, ou si malgré son air funeste, ce lieu est quelque peu vivant et a modifié sa topologie, mais au bout de mes doigts écorchés, je devine un creux.
En tâtonnant doucement pour ne pas me blesser d’avantage, tout en surveillant mes arrières, je parcours ce renfoncement de roche. Ses dimensions me semblent improbables tant elles ne peuvent passer inaperçues.
Je m’engouffre dans cet illusoire refuge.
Je ne vois toujours pas les formes monstrueuses derrière moi. Dans un mouvement de panique, je lève les yeux au plafond.
Rien.
Maintenant caché, je n’ose m’avancer au bord du creux pour vérifier leur présence, de peur d’être repéré. Peut être ont-elles perdu ma trace. Je ne peux que l’espérer. Le temps que j’estime nécessaire pour qu’elles me rejoignent est révolu. Je n’ose plus bouger.
Du temps passe encore.
Ca y est. J’ai compris. Elles sont là. Je me suis enfermé là où elles m’attendaient. Elles ont dû se multiplier infiniment pendant tout ce temps !
Ca ne sert à rien de sortir de là désormais, de lutter.
Mon corps est tellement fixe que j’ai l’impression qu’il devient de la roche lui aussi. Mon esprit lui reste vif et vivant.
Mon esprit.

Une fois englouti, mon esprit perdurera-t-il ? Sera-t-il fusionné aux masses monstrueuses, piégé pour l’éternité ? Où disparaîtra-t-il, tout simplement ? C’est finalement l’emprisonnement de mon esprit qui me fait le plus peur. Il l’est déjà, dans mon crâne, qui va être englouti. Cette idée m’est insupportable. Je voudrai libérer mon esprit de ce corps. Abandonner ce corps, leur laisser si c’est tout ce qu’ils veulent. Mais laisser échapper mon esprit, avoir la certitude qu’il ne soit pas poursuivi. Je ressens alors pleinement une scission net entre mon corps immobile, déjà perdu et mon esprit qui continue à vibrer, à leur échapper.

Soudain, une sensation interne complètement nouvelle balaye mes pensées. Elle est physique, elle vient de mon corps. Pas réellement agréable mais porteuse d’espoir. C’est une scission mais corporelle. La sensation se précise, ce n’est pas une simple scission. Mon corps se dédouble et se divise. Je n’y peux rien et je sais pourtant que cela vient de moi. Comme-ci mon corps avait trouvé de lui-même une solution pour mon esprit. Je réévalue la séparation entre mon corps et mon esprit, elle me semble moins évidente, moins absolue, moins fatale.
Mes dernières parties se répliquent. Je sens de nouveau la présence des masses gélatineuses ! Elles sont effectivement innombrables, mais je n’en vois aucune pour le moment. Elles n’avaient pas bougé depuis tout à l’heure. Soit volontairement, soit parce qu’elles avaient réellement perdu ma trace dans ce creux.
Mon dédoublement a dû révéler ma présence ou bien mon étrange état leur a fait peur. Peur que je ne leur échappe.

La scission est totale. Je découvre mon corps de l’extérieur. Mon esprit est-il double ? Il ne peut en tout cas pas pénétrer l’esprit de mon autre corps s’il en possède un. Son expression faciale semble indiquer qu’il ne s’agit que d’une enveloppe végétative. Elles approchent pour l’engloutissement final. Encore hors de vue. Je les sens le long des murs, au sol et au plafond ! A quoi bon me dédoubler, je suis piégé. Cependant, je peux bouger de mon corps nouveau. Elles arrivent. Bientôt elles apparaîtront sur les arêtes du creux-refuge. J’effectue un mouvement réflexe de recul. C’est alors que je sens ma main fusionner avec la roche derrière moi. Je déplace mon bras en haut, c’est dur et griffant. Un petit passage invisible s’est formé. Je m’engouffre sans réfléchir. Je suis dans la roche simulacre. Je me retourne quand elles apparaissent. Je me fige, soudain terrifié. Elles convergent vers mon autre corps. Elles ne me voient pas. Comme affamés, elles engloutissent l’autre. Mon apparence leur suffit. Mon esprit est libre, elles ne me chercheront pas ! Je m’enfonce donc dans le passage en entendant les restes de mon autre enveloppe être traînés sur le sol abrasif. Je prends mes précautions car le tunnel est étroit. Les bords durs sont fait de cette roche blessante. Et beaucoup plus rapidement que je ne l’espérais, j’atteints une sortie.

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