Timothée m’a inspiré

TIMOTISATION 13

 
Un jour l’homme ne comprit pas sa condition d’homme. Il était humain tout en étant étrangement humain. Mais les faits parlent d’eux-mêmes.

Le 9 il y eut un événement.
Mais le lendemain c’est un événement qui eut lieu.
Tout le monde tremblait. C’était une rumeur effrayante qui parcourait la foule. Lentement, froidement, systématiquement, presque comme une machine. Et c’est sûrement ce qui terrifiait le plus les gens. Un courant bleu ciel d’aluminium brillant glaçait les os dorsaux à tout rompre. Certains même ne pleuraient pas. On se serait cru là-bas. Les yeux convergeaient. Même un saphir ne pourrait y passer.
Un enfant viole(n)t se le permit !!

Silence.

 
Les yeux convergeaient toujours, mais vers le jeune à présent. Toutefois une lumière jaune continuait d’éclairer la face droite de tous ces visages. Ils observaient
l’enfant et se sentaient épiés en même temps. Si on enlève le ‘e’ et le ‘m’ de temps, ça fait TPS. La présence. La présence se fait sentir. Si bien que les yeux convergent mais dans sa direction. L’enfant est seul à présent. Il se retrouve piégé dans sa maladie, elle l’isole aux yeux des autres, il ne pleurera.
Les autres. Ce sont des yeux, ils décident. Si bien que la foule gronde. La rumeur émane cette fois des yeux. Elle est autrement plus effrayante et terrible.

 

Tremblement.

C’est la présence qui tremble, toute sa feuille s’agite, parcourue de spasmes. Les yeux sont innombrables, l’enfant est seul.
La présence devient violette. L’ombre sur les visages se déplace, de la droite vers la gauche. Et elle s’éloigne.
Mais l’enfant est porté en triomphe, il pleure. Les yeux sont secs et tristes. L’enfant sait que c’est son dernier jour. Il n’en peut plus. La foule le lâche, il tombe inanimé.

 

Houag ! Beuagh ! GhAa !

 
Des gens commencent à vomir tour à tour. Les uns doucement après les autres. Les uns face aux autres. Les uns en diagonale des autres et inexorablement, les uns sur les autres. Cercle vicieux, chaîne à chaîne, ils dégueulent de plus en plus fort.
Quelle odeur ! Une fumée émane de cette foule d’yeux entremêlés de vomiture. De la granule orange on dirait. Des morceaux, du jus, du jaune, du rouge même. L’enchaînement est tellement précoce et violent, les gorges se raclent de plus en plus et deviennent sèches. Si bien que c’est du sang qui sort de ces bouches douloureuses. Du sang violet, arrondi aux coins.

Mais la nature aime à connaître, elle s’y retrouve parfois, forcée, comme le lait maternel. On la presse et elle s’écrase maladroitement, plate comme la crêpe d’une crêpe. L’enfant le sait. Il le sait même par coeur, il le porte dans son coeur. C’est lui qui lui a donné naissance. Il attrape un tube en aluminium bleu, le presse et l’écrase de ses mains potelées et encore peu assurées. Le demi-cercle se forme lentement, bleu, sur la crêpe orange. L’enfant est persévérant, il crispe ses phalanges afin de vider le tube totalement. Pas le moindre résidu visqueux et moite dans l’enveloppe de métal. La crêpe ploie sous le poids démesurément lourd comme deux armoires remplies de deux chevaux morts chacune. Le miracle réside dans l’élasticité de certaines matières. La structure moléculaire de la crêpe est extensible à volonté. Une guirlande de papier colorée. Si bien que les armoires bleues tiennent en place, elles ne bougent pas du poêle. Il trouva un poêle.

La goutte s’étend et se déforme. Une goutte de crêpe. L’orangé translucide de la peau laisse entrevoir du bleu. Rien autour ne détourne le regard de cette forme. On distingue les angles de l’armoire et même les pattes des chevaux. Etirement infiniment jaunâtre et crème. Des filaments bleutés de plus en plus intenses, la forme rougeoie.

Le sommet de la goutte s’affine et s’allonge. A cette distance, selon cette focale, on ne distingue même plus la goutte maintenant. Ce fin triangle beige se crispe et devient rapidement une ligne beige. Son épaisseur semble encore se réduire peu à peu, dans un dernier souffle. Elle s’étire et disparaît presque.

 

L’enveloppe
se
déchire.

Du
bleu
jaillit.

 
La crêpe est en morceaux recouverts de bleu si bien que tout est bleu foncé. Une myriade, des étoiles, de la poudre. Du noir parsemé de bleu. Mais de moins en moins de bleu. Est-ce la lumière qui est aspiré ou tout simplement le bleu qui s’efface ?

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