Jukin 13, c’est optique

13. Ce matin, Jukin voit plus loin que d’habitude.

Au bout de son lit, il aperçoit ses orteils gonflés dépassant de la couette. L’ongle du pouce droit jaillissant de la fine couche de peau rose. De longues stries le parcourent jusqu’à la bordure blanche en contact avec l’air. Au-delà de ses pieds, les fibres des portes de l’armoire apparaissent sous un jour nouveau : elles vibrent lentement, le bois est encore vivant. Un acarien du bois se faufile même. Un peu téméraire, il fonce de crevasse en plateau, sans ralentir. Il finit par tomber.

Ce sursaut amena Jukin à se lever. Il se glissa jusqu’à la fenêtre de son séjour et observa distraitement. Un soleil blanc et fatigué projetait une lueur maladive dans son jardin. Son regard fixa les reflets laiteux luisant sur les murs de son atelier. Un mouvement sur la droite, il détourna son regard. Sur le dessus du mur du fond semblait apparaître péniblement un paresseux. Cet animal n’avait rien à faire là. Et pour le confirmer, un aigle majestueux vint se poser à côté. Jukin pensait les imaginer plus que les voir, car le fond du jardin était à la limite de ses possibilités visuelles, alors il força sa vue. Un étrange effet de zoom le rapprocha des deux formes : il s’agissait bien d’un paresseux et d’un aigle ! A cet instant, le rapace enserra la peau du dos du mammifère et jaillit dans l’air en l’emportant. Le mouvement des ailes et la puissance dégagée étaient fantastiques.

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