Jukin 22, c’est cassant

22. Ce matin, Jukin a tué un chasseur.

C’était un chasseur qui avait un fusil en porcelaine. Il était arrivé un jour à l’improviste. Jukin n’aimait pas trop ça, mais l’homme avait l’air tellement naturel et sympathique, qu’il lui avait offert l’hospitalité. Un grand gaillard plein de bonhomie, relativement repérable, outre par sa tenue traditionnelle de chasseur, mais surtout par sa moustache dessinée à la règle et à l’équerre. En plus du contour aussi net qu’une lame de rasoir, l’épaisseur en était parfaitement régulière. Ce qui formait un trapèze sombre, en volume, sous son grand nez volontaire. Et pour rendre la chose totalement irréelle, les poils semblaient avoir été peigné un à un, afin d’être rangés parallèlement telle une légion au faîte de l’empire romain.

Sans les politesses inutiles d’usage, l’homme expliqua sa présence ici. Il venait du sud à la recherche d’un gibier rare. Mais la nature ne raisonnait plus en lui comme avant. Et l’arme qu’il utilisait, exigeait une sensibilité fine comme le bout des ailes d’un canard. En cas d’osmose, la précision était fatale pour le règne animal. Mais dans le cas contraire, ce fusil devenait la plus mauvaise des armes à feu.

Pedro le chasseur, car c’est ainsi qu’il s’était présenté, avait perdu ses sensations. Pour les retrouver, il devait vivre nu une après-midi entière, au plus profond de la forêt sauvage. Et afin de partir l’esprit libéré, il avait besoin de confier son matériel. Dans ces conditions idéales, il pourrait briser ses blocages et ouvrir de nouveau son être à la plénitude de la nature.

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2 commentaires
nikubik:
on peut être fasciné sans vouloir imiter
je pense à Tom Selleck
hein ?

Anonyme:
J'ai envie de dire que ta manière de décrire cette moustache laisse chaudement transpirer ton envie d'en porter une !
Audrelfe