Jukin 10

10. Ce matin, Jukin a pris deux p’tits dej’.

Quand il reposa le paquet après s’être versé des céréales, il vit leur niveau sous le trait à la date d’aujourd’hui. Il avait donc déjà mangé sa dose de céréales pour la journée. De même quand il se servit du jus d’orange pressé de sa bouteille de la semaine. Il était vraiment troublé dans la mesure où il avait la faim d’avant le p’tit dej’ et qu’il ne se souvenait pas du tout l’avoir pris. Lancé comme il était, il finit tout de même la procédure et se régala.

Cependant, d’angoissantes perspectives se présentèrent à lui aussitôt : quelqu’un vivait peut être chez lui à son insu. Mais alors pourquoi cette personne avait pris la peine de marquer les niveaux, pouvant ainsi la faire repérer ? Soit elle n’existait pas, soit c’est ce qu’elle cherchait inconsciemment. Jukin se dit aussi qu’un savant fou avait peut être pris le contrôle de son esprit. Il aurait ainsi été le cobaye d’un test de manipulation à distance. En puisant dans sa mémoire, le savant aurait trouvé la séquence « prise de p’tit dej’ » et l’aurait suivi pas à pas. Tout cela en maintenant son esprit en état d’inconscience. Il lui semblait qu’il se perdait dans des considérations saugrenues. Une fois ses idées triées, il fût persuadé qu’un individu avait envahit son intérieur et cherchait à être découvert. Cas classique d’une culpabilité post-parasitique.

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Le Jukin 9 haut en couleur

09. Ce matin, Jukin est tout violacé.

Autant cette couleur est étrange pour la peau d’un adulte, autant elle ne lui va pas si mal. Il se dit que personne d’autre ne pourrait la porter dans son corps avec autant d’élégance. Alors il sortit nu. Les gens le regardaient de travers, il cru s’être trompé. Que peut être ça ne lui allait pas du tout. Mais rapidement, il réalisa que c’est sa nudité qui dérangeait les passants. Il en fût profondément étonné, puis relativisa : était-ce SA nudité ou LA nudité en général qui les importunait ?

Afin d’en avoir le cœur net, il lui fallait comparer la réaction des gens devant l’anatomie d’une personne non violacée. Alors il calfeutra sa couleur avec des vêtements judicieux et un masque clone pour le visage. Il déambula dans les rues à la recherche du cobaye idéal. Un jeune skater virevoltait plus loin près d’un arbre. Il se rapprocha discrètement et attendit qu’il se repose deux minutes. Dans un mouvement torsadé, il lui emporta tous ses vêtements. Les passants alentour se figèrent pour dévisager le cobaye. Et contrairement à ce que Jukin espérait, ils ne furent pas choqués, bien au contraire. Ils éclatèrent de rire. Bientôt, il ne restait d’eux plus que des confettis de peau épars. Le skater fila sans son skate.
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Jukin huit, sur la corde raide

08. Ce matin, Jukin a voulu sauter de sa fenêtre.

L’idée de faire un joli bond dans l’herbe verte et dense en contre bas le stimulait de plaisir physique. Seulement voilà, le vertige ça ne s’explique pas. Une fois sur le rebord en pierre, la tête lui tournait invraisemblablement. Plus question de rigoler. Il descendit donc au rez-de-chaussée et se laissa tomber de la lucarne basse et ronde du séjour. L’herbe était plus plate et jaune à cet endroit du jardin. Il n’eut pas le plaisir escompté au contact de la nature. Que ce soit en vol, à travers l’air, ou au sol, sur le gazon. Mais déjà à cette hauteur peu élevée, il eut des frissons gzigzou tout le long de son système nerveux. Ce serait donc un devoir pour lui maintenant de réussir le grand saut.

Il remonta au grenier et s’approcha de la fenêtre. Mon dieu, comme c’était haut. Trop crispé, il alla soulever une épaisse couverture rouge au fond du grenier pour y découvrir un coffre. Il en souleva le couvercle, une boîte sombre reposait à l’intérieur. Par un geste très précis, comme venant d’un rituel ancestral, il la prit lentement. Une fois déposée sur une petite table haute, il fit tourner le fermoir en or qui brillait sur la surface laquée de la boîte.

Il l’ouvrit et contempla un instant le pistolet qu’elle renfermait. Trapu, fait d’un métal noir élimé, il se saisit de la crosse recourbée et plaça 3 balles dans le barillet, ça devrait suffire. Il fit volte face violement et tira 3 coups successifs dans 3 directions du plafond. Les balles se logèrent dans le plastique dur, parmi d’innombrables autres balles. Tout comme la fumée disparaissait au bout du canon de l’arme, la crispation refluait de Jukin. Dans la même atmosphère sereine qu’à l’aller, il rangea l’arme et replaça la couverture.

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Jukin 7

07. Ce matin, Jukin a oublié d’ouvrir les yeux.

Quelle galère. Il savait qu’il manquait quelque chose, que c’était important et utile, mais il ne voyait pas quoi. Il savait aussi qu’il allait se le traîner toute la journée à essayer de trouver. Evidemment ça tombait la journée où il devait accomplir son devoir citoyen annuel obligatoire. Le sort avait tiré pour lui l’accompagnement d’un groupe de touristes aux falaises de la mer. Impossible d’y couper, le voyage s’annonçait pénible. Il eu l’impression de mettre un an à s’habiller et échoua dans toutes ses tentatives de prendre son petit déjeuner. Il savait qu’il avait là des indices pour le mettre sur la voie, mais il n’insista pas, ça allait le bloquer.

Il se félicita de connaître par cœur le chemin de la gare routière. Vu ses mauvaises dispositions, il était persuadé qu’il se serait perdu. A l’heure rendez-vous, il rejoignit le brouhaha autour du car qui leur était réservé. L’autre accompagnateur le salua, mais il ne su pas déterminer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Encore un de ces androgynes tarés, pensa-t-il. Et ça ne le mettait pas en confiance.

Il regretta que le chauffeur du car n’allume l’éclairage intérieur, car il n’arrivait pas à identifier les touristes. Du coup, les conversations se mélangeaient et il était sûr de ne pas répondre à la bonne personne, au moins 2 fois sur 3. Ca commençait à l’agacer sérieusement de s’entendre répondre « mais, je ne suis pas une fille Monsieur ». Il décida alors de rester silencieux pour le reste du trajet.

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Jukin 6

06. Ce matin, Jukin a retrouvé son amour perdu.

Qu’est ce qu’il était laid. Laid à en pleurer. Laid à en vomir pour être parfaitement honnête. Ça le décevait profondément. Il se demandait d’ailleurs s’il n’en avait pas une part de responsabilité. Comme une pomme délaissée au fond d’un placard se dessèche et flétris. Il aurait peut être dû l’entretenir, son amour perdu. Avec des souvenirs. Un pèlerinage régulier, c’est ça qu’il fallait. Retourner à l’endroit précis où il l’avait trouvé. C’était une très bonne idée. Mais pour cela, il lui fallait un nouvel amour perdu, l’autre était irrécupérable. On ne peut tout de même pas entretenir quelque chose d’aussi dégoûtant.

Il enfila une belle chemise et se plaça à la terrasse d’un café. Un diabolo pétillant dans son verre, il observait ce qui passait. Quand une fille s’approchait, il la montrait du doigt et hurlait « non ! » si elle ne correspondait pas à ses critères. « Non ! » celle-ci était trop jolie, trop fraîche pour un amour perdu. Il avait besoin d’une fille plus nostalgique. « Non ! » celle-là était trop moche, complètement hors sujet. « Non ! » celle-ci était trop grosse. « Non ! » celle-là trop maigre. « Non » pas assez féminine. « Non ! » trop vieille. « Non ! » trop joyeuse. Mais attendez. Jukin s’était figé dans l’espace, la bouche entrouverte et les yeux légèrement écarquillés. Approchait du trottoir d’en face, une fille brune et mince, toute mignonne, le regard profond et un soupçon mélancolique. Comme une échalote tombée du ciel, Jukin était tombé amoureux.

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1 commentaire
Anonyme:
Justin s'est échappé de l'asile !!!
Moman

Jukin 5

05. Ce matin, Jukin a trouvé un cadavre de coccinelle.

Il était en train de peindre ses volets et en attaquant une nouvelle fenêtre, il l’a découvert sur le rebord. Il était là. Immobile. Ses petits yeux sans expression le dévisageaient. Jukin, ça lui a fait un coup. Comme un poignard de glace dans le cœur. Tellement attristé, il décida de ramener la coccinelle chez lui. Il alla déchirer un petit bout de papier journal qu’il plia en deux comme une rigole. Ha ! ha ! Il la plaça devant l’animal et emprunt de toute la délicatesse du monde rassemblé, il la fit glisser dessus avec le bout de l’ongle. Les yeux exorbités de concentration, il ramena son petit trésor jusqu’à la table de chevet.

Soulagé qu’il n’y ait eu aucun incident, il s’étendit quelques minutes sur son lit pour se détendre. Remis de ses émotions, il fabriqua un mini coussin en velours vert pour lui rappeler les vertes plaines ainsi qu’un socle miniature en acajou pour l’y sublimer. Il ajouta 4 fines bougies rouges et deux rameaux de laurier. Il se mis en apnée et déposa le petit corps sur son coussin. Il eu un frisson car la scène était réellement poignante une fois les bougies allumées. Il alla chercher une goutte d’eau au bout d’une aiguille et la glissa entre les mandibules de la coccinelle. Elle fût absorbée rapidement. Jukin n’y croyait pas vraiment, mais il se dit qu’avec 1000 précautions quotidiennes et tout son amour, peut être que… quelque chose pouvait… enfin que tout n’était peut être pas…
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Jukin n°4, tout en réflexion

04. Ce matin, Jukin a vu son reflet dans le miroir.

Il ne comprit pas aussitôt de quoi il s’agissait. D’abord, il avait cru découvrir une vieille photographie autoportrait à un endroit de sa salle de bain où il n’avait jamais regardé. Mais le doute s’installa quand le portrait s’adressa à lui. Il mit une bonne demi heure à réaliser qu’il s’agissait de sa propre image. Et quand il la regardait, muet, elle lui parlait de son propre chef. Il n’osait pas engager la conversation avec ça. Il ne savait même pas comment appeler ce truc d’ailleurs. C’était quoi en fait ? C’était lui, enfin, sa gueule à lui, même sa voix. Mais ce n’était ni ses paroles, ni ses pensées. Pouvait il s’agir d’un lui d’un autre temps ? Il se décida à lui demander directement car il sentait qu’il était dans une impasse.

« _ Euh… ça…vous êtes un moi… d’un autre espace temps ? »
« _Uuhuuuhuuhuhuhhu… » lui fut-il répondu.

Jukin était scandalisé. Il se sentait arnaqué dans sa propre salle de bain et par sa propre image. Au moins il avait rapidement intégré ce principe d’image. Il se demanda subitement si c’est ainsi que les autres le voyaient. Est-ce qu’ils avaient chacun une image différente de lui ? Sans même le savoir, et sans même pouvoir le vérifier, les comparer les unes aux autres ? Et s’il était celui là même qui était le plus loin de la vérité avec son image depuis l’intérieur. Finalement, il était le seul à avoir cette image interne, tandis ce que tous les autres partageaient des images extérieures de lui, donc sans doute plus semblables les uns aux autres que la sienne. Alors quel était son lui fixe et absolu ? Il se dit qu’il ne réalisait pas complètement les implications de ses réflexions, mais aussi que ça valait mieux pour lui. Il revint à ‘ça’ et décida de l’appeler ‘Image’.

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Jukin 3

03. Ce matin, Jukin s’est souvenu de la veille.

C’était une journée extraordinaire. Une de celles dont on se souvient. Une pour laquelle on laisse filer les suivantes uniquement à se remémorer comme c’était parfait. Dès le réveil, les choses s’étaient enchaînées à merveille. Un soleil rayonnait dans son cœur. Le petit dej’ fût pris devant la fenêtre grande ouverte afin de profiter de l’odeur de l’air. La saveur du jus d’orange pressé et des tartines grillées à la confiture de framboise n’en était que meilleure. Habillé légèrement, il sortit faire un tour dans le parc tout près de chez lui. Il souriait en voyant des chiens ramasser des balles, des enfants tomber ou de jeunes amoureux s’embrasser.

Il trottina gaiement à travers les allées jusqu’à ce que les cris d’enfants et les rires de mamans ne s’estompent. Il rejoignit la ville et tourna à un coin de rue. Un bonhomme était coincé dans une grande boîte invisible. Il tenta de l’aider et réalisa alors qu’il s’agissait d’un mime. Ils rirent tous les deux quand il lui rendit son bras. En fait, il y avait un festival de théâtre de rue. Jukin pu y profiter des jongleurs en tenue de bobsleigh, des clowns sans nez rouge et des chanteurs à la petite semaine. Ca respirait la joie de vivre. Toujours le sourire aux lèvres, il décida de se remplir le ventre. Il trouva une crêperie déserte et s’installa tout au fond. On pouvait y confectionner ses crêpes personnalisées.

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3 commentaires
Anonyme:
super, on dirait un scénar de Nikko, mais oui vous savez, ce cinéaste Normand...

Mr. Urfer

Tim:
et tiens, un lien qui n'a rien a voir, je te conseille cosmos elle est mortel:
http://www.myspace.com/candytronic

Tim:
elle est bien la fin, on dirait une happy end comme on les aimes...

Jukin 2

02. Ce matin, Jukin a eu envie de jouir debout.

Il ne sait pas trop ce qui lui a pris, cependant, il ne pouvait pas s’enlever cette idée de la tête. C’est peut être cette énorme érection matinale qui l’obsédait. Mais vraiment, il n’avait jamais vu sa verge dans de telles proportions. Ça l’inquiétait presque. Et si c’était une maladie dégueulasse. Une fois douché et son pénis revenu à une taille normale, il ressentait encore le besoin de se laver. C’est ce sentiment qui lui inspirait de la crainte. Celle d’être envahit par un agent infectieux. Il s’imaginait des bêtes terribles le parcourant dans les plus petites parcelles de tissu organique le constituant.
 

Il se mit à se jeter en l’air, en effectuant des vrilles folles. Comme s’il voulait sortir de lui même, pour se débarrasser de ses aliens. Une fois qu’un mal de crâne insupportable l’eut paralysé, il se calma et s’imposa de rationaliser : « je suis rempli de microbes et ils me sont vitaux de toute façon. » Il n’était pas réellement soulagé, mais ça lui évitait de paniquer aussitôt. L’envie lancinante de jouir debout lui revint encore. Et cette fois sous un jour nouveau. Il y voyait aussi un moyen de se débarrasser de sa maladie. La violence de l’éjaculation, comme une explosion salvatrice, emporterait avec elle les germes malfaisants. Il jubilait. Mais soudain, un doute s’insinua. Son érection fabuleuse reviendrait-elle ?
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4 commentaires
nikubik:
je suis contre la reproduction

romuluxx:
Évidemment je commente la deuxième, j'essaierai de revenir régulièrement suivre les aventures palpitante de Jukin. Un personnage qui sent le vécu...

Mido / Laura:
Quel suspens !! ^_^

Simon Dronet:
ouf

Lancement d’une série de nouvelles: JUKIN, à la vie, à la con

01. Ce matin, Jukin a eu l’idée de faire son site internet de collection de viandes.

Ca commence à sentir dans la cuisine. Une odeur de moisi et de pâte à tartiner. Il en a marre de glisser dans le petit jus rouge qui s’est répandu en flaques sur le carrelage. Alors il revient du magasin d’informatique où le gars lui a vendu tout un matériel inutile et déjà à moitié obsolète. Mais il ne peut pas se débarrasser de toute cette barbaque simplement en la jetant. Pour cela, il a besoin d’abord d’en capturer l’existence. Et même de partager sa fascination. L’Internet lui semble le meilleur moyen.
 

Polaroid à la main, il flash tous ces morceaux mi sanguinolents, mi mousse végétale. Il met un quart d’heure à allumer tout l’équipement d’informatique. Puis, comme le mec lui a indiqué, il insert la disquette griffonnée au crayon : création de site. Tout un tas de fenêtres et d’affichages clignotent devant ses yeux. Il ne comprend rien. Alors il tape au clavier en suivant son instinct. Il regrette un instant de ne pas avoir acheté de souris, mais la facture aurait dépassé son pouvoir d’achat. Finalement un buzz le ramène à l’écran qui affiche : site créé. Jukin n’en croit pas ses globes oculaires. Il a réussi !

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2 commentaires
laurianne:
Faut qu'il garde patience et qu'il mette de bons mots clés pour être bien référencé le Jukin.
Tiens j'ai envie de taper "collection de viande" dans google !

Anonyme:
D'autres que toi ont eu la même idée Justin !!
Faire partager leurs bouts de barbaques !! ce sont des serials killers ! ha ha ha ha ha ...

Neels